Le Zimbabwe s'enlise dans la crise

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°49, publié par la Section suisse d’Amnesty International, mai 2007.
En mars dernier, lors d’une manifestation dans la banlieue d’Harare réunissant des groupements politiques, économiques et religieux, Morgan Tsangirai et Arthur Mutambara, leaders du parti d’opposition Mouvement pour le changement démocratique (MDC), ont été arrêtés par la police avec une cinquantaine de membres de l’opposition.

Durant leurs deux jours de détention, Tsangirai et Mutambara ont été sévèrement battus et torturés. Lors de la descente de police, un activiste, Gift  Tandare, a été tué par balles et une douzaine d’autres personnes ont été blessées. Le 28 mars dernier, Morgan Tsangirai a de nouveau été arrêté à son bureau, ainsi qu’une vingtaine d’autres activistes, puis relâché le jour même. Les actes d’intimidation perpétrés contre les membres du MDC et les militant·e·s de la société civile ne sont pas isolés et se sont multipliés ce dernier mois, allant de l’arrestation au passage à tabac et à la «disparition». Des syndicalistes ont dû entrer en clandestinité suite aux menaces de mort qu’ils avaient reçues après la grève générale des 3 et 4 avril derniers.

Ces événements portent un coup à l’optimisme relatif à la résolution de la crise affiché début 2007. Lors de son sommet extraordinaire des 28 et 29 mars derniers, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a même publié une déclaration de «solidarité» avec le président Mugabe et proposé un nouvel effort de médiation dirigé par le président sud-africain Thabo Mbeki.

Ces dernières années, le président Mugabe, âgé de 83 ans, a dû faire face au mécontentement croissant de son peuple. En effet, le Zimbabwe se trouve dans une situation économique et sociale désastreuse qui se traduit par l’inflation la plus haute du monde, par le chômage, la pauvreté et la famine. Quatrevingts pour cent de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Le parti de l’opposition MDC dénonce la corruption d’un pouvoir de plus en plus autoritaire. Les élections de 2000 ont, pour la première fois, conduit cinquante-huit député·e·s de l’opposition sur cent vingt au Parlement.

Le président Mugabe se maintient au pouvoir depuis près de trente ans. Son retrait était prévu en 2002, mais il a tout fait pour remporter l’élection présidentielle, en faisant adopter des lois antiopposition qui ont muselé la presse et le pouvoir judiciaire, en entreprenant des campagnes d’intimidation et de répression et en expulsant les observateurs internationaux. Les Zimbabwéen·ne·s soufrent des stratégies brutales du gouvernement. Les tensions croissantes aggravent la crise économique et la situation politique. Les récents actes de violence perpétrés par le gouvernement Mugabe viennent alimenter le feu d’une situation politique et économique déjà extrêmement critique.