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Mexique: un vent de contestations

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°49, publié par la Section suisse d’Amnesty International, mai 2007.
La construction d’un parc d’éoliennes sur l’isthme de Tehuantepec dans l’Etat de Oaxaca rencontre l’opposition de la société civile.

Les travaux de la centrale éolienne La Venta II ont été inaugurés le 30 mars dernier par le président mexicain Felipe Calderón, qui s’est félicité du développement de la production d’énergie renouvelable. Le gouvernement mexicain prévoit d’installer trois mille éoliennes d’ici l’an 2030 sur l’isthme de Tehuantepec. Cette région particulièrement stratégique, située entre l’océan Pacifique et le golfe du Mexique sur 400 km de large, est exposée à des vents moyens de 120 km/h. Nonante-huit éoliennes feront de La Venta la centrale la plus importante d’Amérique latine. Ces monstres de dix-neuf mètres de haut et de vingt-sept mètres de diamètre produiront 13 % de l’énergie de l’Etat de Oaxaca.

Terres indigènes

Pourtant, la centrale fait l’objet de vives critiques. En 2005 déjà, lors de la mise à l’enquête du projet, de nombreuses organisations civiles et de défense des droits humains avaient tenté d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur les conséquences sociales et environnementales de la construction de cette centrale. Environ deux cents personnes, notamment des indigènes, vivant d’agriculture et d’élevage, se retrouvent sans terres et sans moyens de subsistance. La centrale est située sur sept cents hectares de terres communautaires héritées de la révolution de 1810. Le gouvernement a mis en place un programme de légalisation des terres communautaires (PROCEDE). Il a pour but d’établir des titres de propriété individuels pour négocier directement avec les propriétaires l’usufruit de leurs terres. Il a été convenu qu’une somme fixe par hectare occupé sera versée annuellement pendant vingt ans aux propriétaires. Le total de ces indemnisations est de 1% au maximum de la valeur énergétique produite.

Profits mirobolants

Barbara Jerez, chercheuse en développement rural à l’Université de Chapingo, trouve que «cette somme est très inférieure à la valeur réelle des terres». Elle ajoute que «les paysans ont accepté ces conditions à cause de leur position vulnérable et de leur situation de pauvreté». C’est la Commission fédérale d’électricité (CFE) qui a négocié les termes des contrats. Le gouvernement a cédé l’exploitation de la centrale à un consortium d’entreprises espagnoles, Iberdrola et Gamesa Eolica, pour quelque 3,4 millions de dollars. La troisième phase du projet sera soutenue par la Banque mondiale à hauteur de vingt millions de dollars. Il semble que le développement de La Venta soit tellement avancé que rien ne puisse arrêter son expansion. Barbara Jerez confirme: «Les mouvements protestataires peinent à se faire entendre. Récemment, des membres du groupe Solidario se sont fait déloger par la police. Ils occupaient de manière pacifique la zone de construction des futures génératrices.»