Cisjordanie Un mur à la place des oliviers

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°49, publié par la Section suisse d’Amnesty International, mai 2007.
René Backmann, rédacteur en chef du service étranger au Nouvel Observateur, a suivi le tracé du mur en Cisjordanie. Ce livre est le fruit des nombreuses enquêtes qu’il a menées auprès de toutes les parties concernées.

© Fayard © Fayard

Le colonel Dany Tirza est le grand planificateur de la construction du mur qui devrait s’achever en 2007 et dont le coût s’élève à des millions d’euros. Ce mur qui sépare le territoire israélien de la Cisjordanie devait faire 315 kilomètres de long. Il devait épouser la ligne verte, ligne de démarcation datant de l’armistice de 1949 entre Israël et la Jordanie. En réalité, il fera près de 720 kilomètres. En fait, c’est essentiellement une barrière avec barbelés, fossés et une «zone militaire fermée» sur plusieurs kilomètres. Personne ne doit entrer ou rester dans cette zone. Cet ordre «ne s’applique pas aux citoyens et aux résidents israéliens, y compris les colons vivant en Cisjordanie».

Terres réquisitionnées

Les Palestinien·ne·s peuvent s’opposer aux réquisitions. Un délai d’une semaine leur est accordé dès réception de l’avis officiel. Mais les démarches sont extrêmement compliquées et onéreuses. Les indemnisations parfois proposées sont refusées «à la demande de l’Autorité palestinienne – pour éviter de «légitimer» les réquisitions de terres et les transformer en expropriations». Pour construire cette barrière, il a fallu démolir des maisons, arracher des oliviers centenaires, détruire des cultures.

Des drames quotidiens

Les dégâts économiques, sociaux et moraux sont énormes. «Du jour au lendemain, comme par un cruel tour de magie, l’autre bout de la rue, les voisins, les commerçants, l’horizon, le soleil levant, avaient cessé d’exister, effacés par le mur», témoigne une enseignante. Des Palestinien·ne·s se sont retrouvé·e·s coupé·e·s de leur famille et les quelques kilomètres qui les séparaient de leur lieu de travail se sont transformés en dizaines de kilomètres avec, en sus, des tracasseries interminables aux check-points.
Deux rapports publiés par l’ONU en 2005 et 2006 mentionnent que «les Palestiniens qui, à cause de la barrière, n’ont plus accès à leurs terres pour les cultiver, récolter leurs olives ou nourrir leur cheptel sont dans une situation économique pénible» et que «le régime des permis n’a cessé de se durcir depuis son instauration».
Des Palestinien·ne·s meurent car l’accès aux hôpitaux s’est encore complexifié. L’auteur cite le cas tragique d’un enfant de deux ans décédé des suites d’une forte fièvre. L’ambulance n’a pas pu franchir la barrière et a mis une heure pour accéder à l’hôpital qui se trouvait pourtant à proximité.
Une situation qui ne laisse pas les Israélien·ne·s insensibles. Certain·e·s, comme Ruth Kedar, ont décidé de réagir: «J’ai commencé par la surveillance des check-points avec les volontaires de Machson Watch, pour vérifier que les soldats et les gardes-frontière n’abusaient pas de leur autorité, ne recouraient pas à la violence contre les Palestiniens. Ce n’était pas énorme mais les soldats se conduisaient mieux quand nous étions là.»
Barrière de sécurité ou outil de colonisation? Certainement les deux. Mais le mur a d’abord été construit «pour permettre l’annexion de fait de près de 70 colonies de Cisjordanie au territoire israélien, et préserver les terrains nécessaires à leur extension».