Palestine «L’Europe doit respecter nos choix!»

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°48, publié par la Section suisse d’Amnesty International, février 2007.
Khaled Qusmar est avocat, actif dans la section palestinienne de Defence for Child International. Il était de passage en Suisse en janvier. L’occasion d’un regard interne sur la situation dans les Territoires occupés.

«La population palestinienne n'a pas de quoi manger» . © Fabrice Praz

AMNESTY: Khaled Qusmar, vous habitez Ramallah, en Cisjordanie. Dites-nous à quoi ressemble le quotidien des Palestinien·ne·s dans les Territoires occupés?

Khaled Qusmar: Il est difficile de décrire avec des mots la situation en Palestine. Elle est tellement terrible qu’on ne peut pas la mesurer sans visiter le pays. Depuis le début de la seconde Intifada, en septembre 2000, il y a eu plus de 1400 Palestiniens tués par les soldats israéliens, dont 850 enfants. Près de 11’000 prisonniers palestiniens croupissent dans les prisons israéliennes.

Vous vous êtes rendu en 2005 au Parlement européen pour chercher des appuis pour le processus de paix et le président Abbas, du parti du Fatah. Quel est votre sentiment, aujourd’hui que le Hamas a gagné les élections législatives?

Je savais que les gens se tourneraient vers le Hamas. Après dix ans de négociations sans résultats, les Palestinien·ne·s voulaient un changement. J’ai dit au Parlement qu’il fallait que l’Union européenne (UE) agisse pour qu’Israël respecte le droit international et nous donne des droits. Mais, pour ainsi dire, rien n’a changé. C’est pour cela que le Hamas a gagné les élections. Des observateurs extérieurs l’ont confirmé: ce résultat a été 100% démocratique.

Depuis cette victoire du Hamas aux élections législatives,quel changement sur la vie quotidienne dans les Territoires occupés?

Les pays occidentaux ont gelé leur aide financière à la Palestine. A cause de cela, la situation économique est catastrophique. Plus de 60 % des personnes actives sont sans emploi. La population n’a pas de quoi manger. Les salaires sont de l’ordre de 100 à 200 euros mensuels. Quant à l’école, elle n’a débuté qu’en décembre, car le corps enseignant n’étant plus payé, il s’est mis en grève. Les professeurs n’ont même pas de quoi se rendre de chez eux à leur lieu de travail.

Les tensions sont extrêmes entre le Hamas et le Fatah. Doit-on parler de guerre civile?

Non, je ne dirais pas «guerre civile». Tout d’abord, les combats entre factions n’ont pas lieu sur l’ensemble du territoire palestinien, mais surtout à Naplouse. Le Hamas et le Fatah s’affrontent, mais plus de quinze autres partis politiques sont opposés à ces combats, tout comme l’opinion publique palestinienne. Enfin, il n’existe pas de plan ou de décision politique en faveur des affrontements, car les leaders des deux parties sont contre. Cela n’a rien à voir avec ce qui se passe en Afghanistan, en Irak ou en Somalie. Les élections ont rendu visible la bipolarité entre le Hamas et le Fatah, et les gens ont l’impression de devoir choisir entre les deux, même s’il existe de nombreux autres partis. A mon avis, il n’y a pas de différence entre un gouvernement du Hamas et un gouvernement du Fatah.

Cela ne semble pas être l’avis de l’Union européenne…

L’UE doit respecter les résultats démocratiques! Si le peuple palestinien ne proteste pas contre le Hamas, c’est qu’il sait que les problèmes ne viennent pas de ce parti, mais bien de la réaction de la communauté internationale. Sharon a tué des centaines de Palestiniens au Liban avant de devenir Premier ministre et l’UE s’est tue. Le Premier ministre Ismaïl Aniyeh, du Hamas, n’a tué personne, lui!