Cuba: le mouton noir

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°48, publié par la Section suisse d’Amnesty International, février 2007.
L’évolution de l’état de santé de Fidel Castro est classée «secret d’Etat», ce qui trahit certainement les craintes du régime. L’occasion de rappeler les sévères restrictions imposées à la liberté d’expression et d’association qui affectent des milliers de gens à travers le pays.

Impossible de trouver une presse indépendante au Cuba. © DR

La mort de Fidel Castro devrait déclencher une véritable révolution dans la petite île. Mais rien n’est moins sûr. Alors que de nombreuses personnes espèrent que le régime en place fasse la part belle à l’arrivée d’une démocratie constitutionnelle, l’Etat cubain semble plutôt se diriger vers un processus de succession que de transition. Pour preuve, en juillet 2006, Fidel Castro a passé les rênes du pouvoir à son frère Raúl.

Printemps noir

Bien loin de l’idéal communiste résistant au géant américain, à l’image de David et Goliath, l’île de Cuba représente aujourd’hui le symbole de la violation de nombreux droits humains fondamentaux, dont la liberté d’expression. Rien n’indique que cette situation tende à changer. Paradoxalement, Fidel Castro restera aussi dans les mémoires pour ses efforts en faveur de droits fondamentaux tels que le droit au logement, à la santé et à l’éducation. Amnesty International reçoit quasi quotidiennement des informations faisant état de l’arrestation de dissident·e·s politiques, journalistes indépendant·e·s et critiques du régime. Au moins 67 prisonniers et prisonnières d’opinion sont actuellement en prison à Cuba, condamné·e·s à l’issue de procès inéquitables. Nombre d’entre eux ont été arrêté·e·s lors d’une vague de répression menée le 18 mars 2003 contre des dissident·e·s politiques, les accusant d’être des «agents de l’ennemi américain»; parmi ces personnes se trouvaient bon nombre de journalistes indépendant·e·s. Sous le coup de la «loi 88» protégeant «l’indépendance nationale et l’économie de Cuba», elles ont écopé de peines comprises entre quatorze et vingt-sept ans de prison.

Cybercafés sous surveillance

Mis à part les journalistes et les agences de presse qui ne sont pas à la botte de l’Etat, les rafles visent également toute personne civile pouvant avoir des opinions ou tenir des propos contre-révolutionnaires. Ainsi, pour avoir simplement fait valoir leur droit à la liberté d’expression, d’association ou de réunion, ces «ennemi·e·s» sont frappé·e·s de peines de prison disproportionnées, purgées dans des conditions très éprouvantes. Quand bien même certaines personnes réussissent à échapper à ces sentences, tout est fait pour les réduire au silence: intimidations, passages à tabac, convocations fréquentes aux commissariats... Au cours de l’année 2006, on a constaté une augmentation des actes de harcèlement public et d’intimidation par des groupes quasi officiels lors d’opérations dites «de répudiation». Le maigre réseau Internet dont dispose l’île est, tout comme en Chine, placé sous le contrôle des autorités. Dès lors, en plus des difficultés à se procurer du matériel informatique, une connexion privée est prohibée. Les internautes sont obligé·e·s d’emprunter des points d’accès publics (cybercafés, universités, etc.). Ainsi, il est plus simple de surveiller l’activité cybernétique du peuple cubain. Le vice va jusqu’à installer des logiciels sur ces ordinateurs afin de rappeler à l’ordre l’utilisateur ou l’utilisatrice qui utiliserait des mots subversifs. Par ailleurs, l’embargo américain contre Cuba porte indéniablement préjudice aux droits économiques, sociaux et culturels de la population cubaine. Il a des effets négatifs sur l’alimentation, la santé et l’hygiène, et touche plus particulièrement les membres les plus faibles et les plus vulnérables de la société. Selon l’UNICEF, la quantité de médicaments et de produits médicaux de base disponibles à Cuba a diminué du fait de l’embargo économique américain.