La liberté comme moteur

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°48, publié par la Section suisse d’Amnesty International, février 2007.
Helga Barten tenait trop à la liberté pour vivre dans un Etat totalitaire: elle a fui la République démocratique d’Allemagne en passant par des canalisations. Cette pharmacienne est la quatrième de notre série de portraits de ces personnalités qui forment Amnesty International.

«Je ne suis pas sûre d’être une personne assez intéressante pour vous. Mais si vous êtes prête à prendre ce risque, nous pouvons nous rencontrer.» C’est avec ces mots que Helga Barten, membre d’Amnesty du district Berlin-Brandebourg, a répondu à notre demande d’interview. Une réponse qui correspond à cette femme distinguée, préférant les engagements concrets aux paroles dans le vide. C’est lors d’un voyage en Afrique du Sud au début des années septante que Helga Barten prend pour la première fois contact avec Amnesty International. «Je me suis penchée sur le problème de l’apartheid et j’ai pensé que je pourrais peut-être faire quelque chose», se souvient la pharmacienne, qui a exercé dans la recherche. Un groupe berlinois d’Amnesty qui soutient un Sud-Africain en prison l’engage alors comme messagère et elle devient membre à part entière d’Amnesty en 1978. C’est alors qu’elle commence à collaborer au bureau du district de Berlin, où elle organise des manifestations et informe le public. «Dans ma profession, je suis constamment assise à mon bureau. Je souhaitais donc plutôt faire du travail concret dans lequel je puisse rencontrer des gens.»

Prédestinée

«Cela a toujours été clair pour moi que je voulais m’engager pour la société, raconte-t-elle. Cela a sûrement un rapport avec mon histoire.» C’est que Helga Barten a grandi dans l’Est de l’Allemagne, où elle a vécu la Deuxième Guerre mondiale. «Je me souviens encore très bien de l’angoisse et de l’insécurité, alors que les troupes russes approchaient, raconte-t-elle. Les femmes devaient se cacher car les Russes pratiquaient des viols collectifs.» Elle a également des souvenirs de sa vie en République démocratique d’Allemagne (RDA). «La liberté représente beaucoup pour moi et je ne voyais aucun avenir dans cet Etat totalitaire.» En 1961, elle s’enfuit à l’Ouest, en se faufilant dans des canalisations avec un groupe d’étudiant·e·s.

Conscience globale

L’ouverture d’Amnesty à de nouveaux thèmes lui semble positive. C’est ainsi qu’elle et son groupe ont décidé d’arrêter pour un temps leur soutien aux cas individuels. «Bien sûr, il est très important de travailler sur des cas, mais nous devons aussi essayer de changer les comportements en général», explique-t-elle. Elle tient particulièrement à une prise de conscience globale de l’importance des droits humains, raison pour laquelle elle a fait partie du groupe de travail sur l’Education aux droits humains et a fait la promotion des droits humains dans les écoles. Ses convictions se sont accrues lors de voyages, notamment au Mali, au Niger, au Sri Lanka et en Chine, et au contact de défenseurs et défenseuses des droits humains du monde entier. «Je trouve magnifique que chacun puisse contribuer à Amnesty selon ses propres moyens», estime la retraitée qui s’engage désormais totalement, non seulement en donnant du temps, mais aussi de l’argent. Lorsque, il y a quelques années, Amnesty Allemagne a lancé une fondation, elle a fait une contribution importante pour soutenir le projet. «J’accorde peu d’importance aux possessions matérielles et je ne me sens pas obligée de laisser un héritage, sourit-elle. Je trouve beaucoup plus important d’investir maintenant dans les droits humains.»