Suisse Quatre journées au féminin

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°48, publié par la Section suisse d’Amnesty International, février 2007.
Des spectacles pour parler de la violence contre les femmes? Cinq jeunes femmes relèvent le défi et proposent un festival à thème, qui se déroulera au Théâtre 2.21 à Lausanne du 8 au 11 mars prochain.

Vera Bustamante, l’une des organisatrices, raconte. «L’idée est partie d’une proposition avortée», explique-telle d’un timbre de voix calme. Une Africaine qui tournait en France avec son spectacle devait se produire à Lausanne. Mais cela n’a finalement pas été possible. «Comme nous n’avons pas pu l’avoir, nous nous sommes demandé si cela valait la peine de monter un spectacle avec des gens d’ici.» Chose dite, chose faite. Le groupe Femmes d’Amnesty décide d’organiser dans la capitale vaudoise « Festiv’- halte», un festival culturel sur le thème de la violence contre les femmes. Elles choisissent de laisser parler les artistes de la région. «Ils ont moins de renommée, mais l’avantage d’être des artistes connus dans le coin», explique Vera Bustamante.

Dénoncer avec l’art

Un concours de création est proposé, plusieurs spectacles sont retenus. Les critères? « Il fallait des professionnels vivant en Suisse, une adéquation avec la campagne d’Amnesty et… un feeling général!» Chacune a d’abord fait son choix individuellement, puis une discussion commune a permis d’arrêter un choix. «Nous étions assez vite tombées d’accord, s’enthousiasme la jeune femme. Il y avait des différences énormes de qualité. Parfois, c’était très bâclé, on sentait que ça avait été fait sur le coin d’une table. Par contre, ceux que nous avons sélectionnés avaient déjà beaucoup investi dans la préparation.» Le spectacle «La Moire» est l’un de ceux qui a séduit le groupe. Il sera présenté tous les soirs du festival, tel un fil rouge. Sur scène, Nathalie Dubath et Françoise Bonny. Cette dernière, conteuse, parle de leur projet avec conviction. «Nous étions surprises et contentes d’être retenues. C’était très intéressant car la démarche nous a obligées à mêler recherche d’informations et recherche intellectuelle, et à créer quelque chose avec ça.». Elle estime pourtant que dans l’art, le message doit être différent: «L’expression artistique ne doit pas faire un discours, un exposé. C’est aussi dénoncer, mais pas seulement.» Au final, les artistes espèrent avoir trouvé un équilibre malgré une forte pression, du fait que le thème est un sujet délicat. «Nous avons essayé de trouver un autre ton, mais sans rentrer dans le pathos», conclut Françoise Bonny.

Mais encore?

Une exposition permanente habitera l’espace du Théâtre 2.21 pendant les jours du festival: quatre jeunes stylistes y présenteront des dessins, des photos, des habits. Tout un programme pour tenter de sensibiliser sur le thème de la violence contre les femmes. Ce Festiv’halte arrivera-t-il à atteindre son but? « Maintenant, ce que les artistes vont en faire sur scène dépendra d’eux, s’exclame Vera. Ce qui est certain, c’est qu’à présent, j’ai envie de voir ces spectacles. Depuis le temps qu’on en parle!»