© J.Allouch
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Chine Loi martiale à Pékin

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°51, publié par la Section suisse d’Amnesty International, novembre 2007.
Les déclarations officielles des autorités chinoises contredisent de façon flagrante la réalité des droits humains en Chine. Depuis 2001, année de l’attribution des Jeux olympiques d’été à Pékin, leurs belles promesses sont quasiment restées lettre morte avec, en prime, de nouvelles exactions directement liées aux préparatifs des Jeux.

«En confiant à Pékin l’organisation des Jeux, vous contribuerez au développement des droits humains.» C’est la promesse faite, il y a six ans, par Lui Jingmin, lorsque le CIO a attribué les Jeux olympiques à Pékin. Les déclarations de la sorte sont légion. Pourtant, moins d’une année avant le lancement des Jeux, peu de choses ont changé en Chine. Plus grave encore, les préparatifs ont pour conséquence des violations massives des droits humains.

Expulsions forcées

Depuis le début des années nonante, la Chine mène un programme de modernisation des villes. Les restructurations urbaines se sont traduites par la destruction de quartiers entiers et des expulsions forcées. A Pékin, la perspective des Jeux a accéléré la cadence. Les expulsions forcées auraient doublé depuis 2001. Des recherches menées sur le terrain par le Centre sur le droit au logement et contre les expulsions forcées (COHRE), basé à Genève, ont permis d’estimer qu’en avril au moins 1,25 million de personnes avaient été déplacées pour les préparatifs. Parmi elles, un nombre inconnu a été expulsé de force. Selon le responsable du département juridique de l’organisation, «les expulsions continuent, bien que la majorité aient eu lieu avant, lors de la grande phase de construction. Les personnes concernées ne sont pas consultées et ont très peu de protection. Celles qui s’y opposent sont expulsées de force.»En effet, de nombreuses familles sont en conflit avec les autorités chinoises à propos des saisies de terres et du niveau insuffisant des indemnisations. Des habitant·e·s ont été arrêté·e·s pour avoir participé à des manifestations de protestation contre le traitement que leur infligeaient les autorités. Ainsi Ye Guozhu, militant du droit au logement, condamné à quatre ans d’emprisonnement en 2004 pour avoir tenté d’organiser une manifestation contre les expulsions forcées à Pékin. L’homme a été soumis à la torture à plusieurs reprises.

Détentions sans inculpations

En mai 2006, les autorités de la ville de Pékin ont annoncé leur intention d’utiliser la «rééducation par le travail» pour améliorer l’image de la ville à l’approche des Jeux olympiques. Cette forme de détention permet d’enfermer des personnes sans inculpation ni jugement pendant quatre ans. Elle sanctionne ce que les autorités assimilent à de la publicité illégale, la diffusion de tracts ou la tenue d’un commerce sans autorisation, le vagabondage et la mendicité. Elle permet aussi aux autorités d’incarcérer des manifestant·e·s pacifiques ou des dissident ·e·s. Quand les preuves sont insuffisantes pour obtenir la condamnation d’un·e suspect·e, les policiers évitent d’engager des poursuites officielles et envoient directement la personne en centre de «rééducation par le travail».

Les JO de la répression

Avec l’approche des Jeux olympiques, le harcèlement et la surveillance des militant·e·s des droits humains, des internautes et des journalistes basé·e·s à Pékin se sont accrus. Certaines formes d’«assignation à domicile » sont de plus en plus utilisées. Des personnes se retrouvent prisonnières dans leur propre maison, surveillées par la police qui poste des gardes autour de chez elles. Hu Jia et son épouse Zeng Jinyan, qui militent notamment pour les droits des personnes atteintes du sida, ont été arrêté·e·s le 18 mai dernier et vivent désormais sous le contrôle de la police. Leur délit: avoir voulu présenter en Occident un film sur la résidence surveillée dont Hu Jia avait déjà été victime entre août 2006 et mars 2007. Le couple avait réalisé un documentaire en filmant à travers une fenêtre. Un autre militant, Yang Chunlin, qui récoltait des signatures pour une pétition intitulée «Nous voulons les droits humains, pas les Jeux olympiques», est emprisonné depuis le 6 juillet et a été torturé en prison. Il s’engageait pour les droits de plus de 40’000 paysan·ne·s privé·e·s de leurs terres sans compensation adéquate.

Contrôles renforcés

Pour le dissident Cai Chongguo, réfugié en France depuis le massacre de la place Tiananmen en 1989, «pendant les Jeux olympiques, Pékin sera comme sous la loi martiale. Le contrôle s’intensifie toujours lors des événements importants.» Marie Holzman, présidente de l’association Solidarité-Chine, confirme: «A l’occasion du 17e Congrès du parti communiste en octobre dernier, les autorités chinoises ont, comme toujours, vidé Pékin des «indésirables», c’est-à-dire des mendiants, des opposants et des travailleurs migrants. L’avocat mondialement connu Li Heting a été arrêté et torturé de façon inouïe.» L’ancienne chercheuse au Centre national de la recherche scientifique est pessimiste quant aux retombées positives des Jeux olympiques: «Les promesses du gouvernement et les récentes évolutions du droit chinois ne signifient rien car rien n’est appliqué dans les faits. En 1988 déjà, la Chine a signé la Convention contre la torture! Et pourtant, la torture continue d’être utilisée de façon tout à fait systématique, notamment pour obtenir des aveux. Le droit chinois garantit aussi la liberté d’association et la liberté de religion. Pourtant, les exactions continuent au Tibet!»

Cette absence de progrès en matière de droits humains en Chine n’a pas l’air de déranger les membres du CIO: ils restent sourds aux appels répétés des ONG qui dénoncent l’ampleur de la répression. La Charte olympique dit que «le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine.» Un but qui ne semble pas s’appliquer à la Chine.