Jaquín José Martínez a passé plus de cinq ans en prison dont trois dans le couloir de la mort. © Nicolas Merckling
Jaquín José Martínez a passé plus de cinq ans en prison dont trois dans le couloir de la mort. © Nicolas Merckling

Etats-Unis Parcours d’un condamné à mort innocent

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°52, publié par la Section suisse d’Amnesty International, février 2008.
Joaquín José Martínez a passé trois ans dans l’enfer des couloirs de la mort en Floride. Enfermé entre quatre murs et sans aucun espoir de retour. Condamné à mort à l’issue d’un procès bâclé, il a ouvert les yeux sur un monde dont il ne soupçonnait même pas l’existence.

Pourquoi ce jeune Hispano-Etasunien de vingt-quatre ans croupissait-il dans un cachot ? En raison d’un double homicide terrible, perpétré sur le fils d’un shérif et son amie. L’émotion était vive dans l’Etat de Floride, on voulait un coupable, et vite : Martínez était le meurtrier désigné. Arrêté en janvier 1996, il est condamné en 1997 sur la base de preuves peu crédibles et du faux témoignage d’une ex-femme vindicative. Le ciel – plutôt l’enfer – est tombé sur la tête de ce jeune homme d’affaires, qui se croyait jusqu’alors invincible. Durant son séjour en prison, il a fait connaissance avec les bas-fonds de l’humanité. Avec terreur, il a découvert un quotidien peuplé de querelles mystiques, où notamment deux de ses compagnons de couloir débattent sans fin sur ce qui attendra l’autre auprès de Lucifer. Joaquín José évolue entre fous et innocents, dans un ordinaire épicé de tortures administrées par des matons plus sadiques que ceux qu’ils surveillent, le tout servi dans un bol froid comme le trépas.

Des séquelles indélébiles

En 2001, à l’issue d’un second procès, sordide – où l’accusation renonce à utiliser toutes les « preuves accablantes » du premier jugement – il est lavé de tout soupçon. Justice a été rendue, s’entendit-il dire, puisqu’il a été réhabilité. Justice ? Alors qu’on lui a volé presque six ans de sa vie, et qu’il portera des séquelles indélébiles pour le restant de ses jours ? Au-delà des poncifs du genre, Martínez témoigne avec beaucoup d’émotion. On se plaît à croire qu’on est en mesure de comprendre la profondeur de ses stigmates, mais c’est se mentir. Presque six ans enfermé, dont trois au voisinage de la chaise électrique, c’est une expérience qu’il est impossible de faire sienne. Depuis sa sortie, il rêve toujours qu’il est dans sa cellule. La terreur s’est insinuée telle un virus ; qui pourrait prétendre le comprendre?

La reconstruction sans l’oubli

Les seules armes qu’il ose brandir aujourd’hui, ce sont l’amour et le pardon. L’amour, car au final c’est le seul moteur qui en vaille la peine. Martínez aurait le sentiment de trahir ses compagnons de cellule ou ses moments de désespoir derrière les barreaux s’il venait à s’adonner intégralement au plaisir. Le lot de toute victime : le refus d’oublier, le refus de s’oublier. Le pardon, car c’est le seul moyen d’obtenir l’amour. Le pardon est la seule fondation préalable à toute reconstruction; d’ailleurs, s’il refusait le pardon à son ex-femme, il ne pourrait voir sereinement ses enfants. Le pardon est devenu le seul exutoire à l’horreur, mais aussi le passage obligé pour (sur)vivre. Joaquín José Martínez a failli être exécuté pour un crime qu’il n’avait pas commis. Parlons de la peine de mort, mais parlons-en bien. En écoutant notamment ceux qui ont dansé au bord du gouffre, et qui par miracle n’ont pas chuté.