AI © Fabrice Praz
AI © Fabrice Praz

Brésilienne de coeur

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°52, publié par la Section suisse d’Amnesty International, février 2008.
L’experte sur le Brésil de la Section suisse d’Amnesty International a les yeux qui brillent quand elle parle du pays où elle a grandi. A l’entendre, son engagement pour les droits humains est naturel. Un chemin qui s’est imposé lorsqu’elle a débuté ses études de sociologie.

C’est un peu par hasard que Laura von Mandach s’est retrouvée experte sur le Brésil pour la Section suisse d’Amnesty International. Une experte de premier choix. Elle parle le portugais aussi bien que sa langue maternelle et connaît le pays comme sa poche. On pourrait même dire que la jeune femme est autant brésilienne que suisse puisqu’elle a passé son enfance et une partie de son adolescence à Rio. En arrivant à Berne avec ses parents, elle a vécu un véritable choc culturel: «A Rio, tout le monde se parle, quel que soit son âge, dans l’ascenseur, dans la rue. Les Bernois ont un sens de la communication très différent. J’étais toujours saudades. Je voulais rentrer. » Serait-ce ce qui l’a amenée, il y a trois ans, à assumer la coordination scientifique du programme «intégration et exclusion» du Fonds national de la recherche scientifique?

Un coup de main

Difficile de savoir quand et comment son engagement pour Amnesty a vraiment commencé. Pendant ses études de sociologie, elle n’est pas encore membre de l’organisation que déjà elle aide Marta Fotsch, l’actuelle experte sur la Colombie pour Amnesty. «J’ai rencontré Wagner dos Santos, un survivant du massacre de la Candelária, avec Marta à Genève. Elle m’a demandé de l’aider, de l’accompagner aux services sociaux… Bien sûr, je ne pouvais qu’accepter.» Nous sommes en 1993, le sujet de la violence au Brésil est omniprésent suite aux massacres de masse perpétrés par des membres des forces de la police militaire de Rio. Des enfants des rues qui dorment devant l’église Candelária au centre de Rio de Janeiro sont assassinés. Quelques semaines plus tard, vingt et un résidents de Vigário Geral, une commune de la banlieue de Rio, sont tués. Rio de Janeiro est alors l’une des villes les plus violentes au monde.

L’étude de la violence

Laura décide d’en savoir plus sur cette violence qui gangrène le pays où elle a grandi. Elle y consacre sa thèse de doctorat en sociologie. La Bernoise retourne enfin vivre à Rio. Après avoir voyagé dans le Nord du pays, où le travail des esclaves existe toujours, et dans l’Etat du Nordeste qui vit sous le règne de l’élite de la canne à sucre, elle reste une année à Rio pour étudier la violence urbaine. Elle interviewe des membres de la police: «C’était très intéressant car les policiers eux-mêmes avaient un discours sur leur rôle et l’analysaient. Ils étaient très bavards. Je faisais aussi de l’observation participante.» A cette époque, elle observe les procès liés aux massacres pour le Secrétariat international d’Amnesty à Londres. «Aujourd’hui encore, à Rio, c’est une logique de guerre. La police est mal formée. Il y a beaucoup de morts.» Laura a deux enfants qu’elle préfère voir grandir en Suisse. «Je n’aimerais pas qu’ils commencent à vouloir étudier la sociologie dans les favelas de Rio. C’est trop dangereux et j’aurais trop peur pour eux.» Après avoir enseigné dans une université de Rio, elle s’est désormais installée en Suisse avec son mari brésilien qui, justement, a fait sa thèse sur le sujet des favelas. Le Brésil continue d’occuper une place de choix dans son coeur.