© Yves Logghe AP/PA Photo
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Iran L’Iran lapide ses femmes adultères

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°52, publié par la Section suisse d’Amnesty International, février 2008.
«Les pierres utilisées pour infliger la mort par lapidation ne devront pas être grosses au point que le condamné meure après en avoir reçu une ou deux; elles ne devront pas non plus être si petites qu’on ne puisse leur donner le nom de pierres.» L’article 104 du Code pénal iranien est limpide. Ces indications doivent permettre d’infliger un maximum de souffrances à la victime.

L’article 102 précise encore que les hommes seront enterrés jusqu’à la taille et les femmes jusqu’à la poitrine. Pourtant, un moratoire sur les exécutions par lapidation a été prononcé en 2002. Mais il n’a jamais été respecté.

L’année passée, les autorités ont reconnu pour la première fois une mise à mort par lapidation. Jafar Kiani a été exécuté le 5 juillet 2007, dans le village d’Aghche-kand, près de Takestan, dans la province de Qazvin. Il a été reconnu coupable d’adultère avec Mokarrameh Ebrahimi, également condamnée à la lapidation, avec laquelle il a eu deux enfants. La lapidation est un châtiment prévu pour l’adultère, qui est considéré comme un crime capital. Le code pénal donne en outre tout pouvoir aux juges pour prononcer la peine de mort par lapidation même si l’adultère n’a pas encore été formellement prouvé.

C’est une des raisons pour lesquelles les femmes sont les premières victimes. Leur témoignage vaut la moitié de celui d’un homme et, selon le code pénal, leur parole seule ne suffit pas à prouver quoi que ce soit. Les femmes appartenant à des minorités ethniques et qui ne maîtrisent pas totalement le persan sont encore plus vulnérables. Au moins neuf femmes et deux hommes risquent actuellement la lapidation à mort en Iran.

Trois Iraniennes, effarées de constater que, malgré le moratoire officiel sur les lapidations, ce châtiment continuait d’être utilisé dans leur pays, ont lancé la campagne «Stop aux lapidations pour toujours ». Asieh Amini, Shadi Sadr et Mahboubeh Abbasgholizadeh ont commencé à se mobiliser en 2006, quand un homme et une femme ont été lapidés à Behesht-Reza près de Meshed après avoir été accusés d’adultère et d’assassinat. Elles ont dénoncé ces faits, mais les autorités les ont niés. « Même nos collègues et nos amis nous rappelaient sans cesse que, depuis le moratoire de 2002, la lapidation n’était plus utilisée en Iran. »

Elles ont mis en place un réseau pour dénoncer, documenter et entreprendre des démarches juridiques pour venir en aide aux victimes. Outre les pressions et les intimidations dont elles sont victimes, la journaliste Asieh Amini raconte comment ce travail a affecté sa santé. Après avoir rapporté et photographié la lapidation de Jafar Kiani en juillet 2007, des pierres couvertes de sang gisaient sur le sol. Elle en a touché une et n’a plus pu bouger pendant des heures. Elle a ensuite commencé à souffrir de violents maux de tête et a presque perdu la vue. Heureusement, ce travail a porté ses fruits puisque quatre femmes et un homme ont déjà échappé à la lapidation.