La presse rwandaise en sursis

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°52, publié par la Section suisse d’Amnesty International, février 2008.
Détentions, passages à tabac, procès, menaces, intimidations, calomnies… Tous les moyens sont bons pour acculer les journalistes qui osent critiquer ou s’intéresser de trop près aux affaires du gouvernement.

Au Rwanda, les journalistes qui ne chantent pas les louanges du pouvoir sont souvent traité·e·s avec mépris et agressivité. Ce comportement inquisitorial des autorités rwandaises envers les journalistes et correspondant·e·s de la presse étrangère est inquiétant.

Les attaques proviennent de toute part: de la police et du président Paul Kagame lui-même. Ces mesures restreignent la liberté d’expression et incitent la presse indépendante à l’autocensure. Alors qu’elle devrait être soutenue pour aider la population à exorciser et exprimer son passé douloureux, elle est matraquée.

Physiquement et moralement attaqué·e·s, les journalistes critiques ne sont plus en sécurité et leurs sources ne sont plus protégées. Le régime se sert des accusations de diffamation et d’atteinte à l’honneur des personnalités politiques ou à la sécurité publique. Il cherche à les compromettre par des accusations montées de toutes pièces pour les envoyer en prison.

La personne qui, professionnellement et courageusement, refuse de confesser l’«unique vérité» du pouvoir militaire du Front Patriotique Rwandais (FPR) en fait les frais.

La censure se durcit

Le gouvernement tient régulièrement des propos durs et inquiétants envers la presse. Il traite des journalistes de «délinquant·e·s» et qualifie tous les médias critiques de «Radio Mille Collines».

Quatre de ses ministres, un haut fonctionnaire et deux membres des forces de sécurité ont fait de même dans une émission radiotélévisée en septembre dernier. Le ministre de l’Intérieur a, par exemple, annoncé que le gouvernement allait prendre des «mesures» contre les journalistes qui cherchent à «renverser» le gouvernement. Selon lui, les forces de police doivent arrêter tout·e journaliste ayant publié un document officiel, jusqu’à ce que sa source soit divulguée. Celle-ci sera à son tour châtiée.

Ce climat de terreur et d’intimidations pèse sur les médias et les empêche de travailler.

Victimes de leur plume

Les journalistes sont souvent interpellé·e·s pour leurs opinions et les termes utilisés dans les titres.

La rédactrice en chef du bimensuel privé Umurabyo a été condamnée en avril dernier pour avoir titré: «Kwica umututsi, ikibazo, Kwica umuhutu, umudendezo», que l’on peut traduire par «Celui qui tue un Tutsi a des problèmes, mais celui qui tue un Hutu est libre». Accusée de «divisionnisme» et de «diffamation», elle a été condamnée à un an de prison et à une amende de quatre cent mille francs rwandais (environ cinq cent soixante euros), et deux millions huit cent mille francs rwandais (soit près de trois mille neuf cents euros) de dommages et intérêts.

Le directeur d’Umuseso, Charles Kabonero, a lui aussi écopé en avril 2007 d’un an de prison avec sursis et d’une amende d’un million de francs rwandais (environ mille quatre cent cinquante euros). Son rédacteur en chef, Gérard M. Manzi, a été victime d’accusations montées de toutes pièces en août 2007 et détenu pendant une semaine par la police.

L’hebdomadaire, connu pour son indépendance et sa liberté éditoriale, est l’une des rares publications indépendantes du Rwanda. Le journal et son personnel ont régulièrement subi les pressions du pouvoir, poussant une trentaine de ses journalistes à prendre le chemin de l’exil.