Trente ans de révolution sans liberté

Article paru dans le magazine Amnesty, nr.57, publié par la section suisse d’Amnesty International, mai 2009
Trente ans après la révolution islamique, l’Iran s’apprête à élire un nouveau président. Le pays est toujours fortement tenu par le clergé et souffre d’une situation alarmante en matière de droits humains.

Des femmes manifestant pour l'égalité de droits à Téhéran. © Arash Ashoorinia, www.kosoof.com

En 1979, les Iranien·ne·s chassaient de leur pays le Shah, empereur soutenu par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. L’exaspération n’avait cessé de croître avec les abus du monarque, son autoritarisme, son éloignement du peuple, le faste irrespectueux de sa cour, sa soumission aux puissances occidentales et la corruption. Ce qui était tout d’abord une révolte du peuple iranien s’est transformé en une révolution islamique, avec à sa tête l’ayatollah Khomeiny. Dès le début, cette révolution a été marquée par une brutale chasse aux opposant·e·s. La République islamique d’Iran est née dans ce climat de répression et d’atteintes aux libertés individuelles qui persiste encore aujourd’hui.

Le système politique iranien se caractérise par un verrouillage total du pouvoir par le Conseil des Gardiens de la révolution et le Guide suprême. Ceux-ci surveillent tout et notamment les candidats à l’élection présidentielle qu’ils autorisent ou non à se présenter. Depuis trente ans, le pouvoir a ainsi été maintenu par le clergé.

Arrestations arbitraires Amnesty International dénonce régulièrement les atteintes aux droits humains commises dans le pays au nom de la sécurité de l’Etat et du respect de la religion. Les arrestations arbitraires, la torture et les mauvais traitements sont malheureusement toujours utilisés par le pouvoir en place pour asseoir son autorité et faire taire celles et ceux qui refusent de se soumettre.

Les militant·e·s des droits humains, qui osent contester les agissements de l’Etat, sont arrêté·e·s, souvent sans mandat d’arrêt. Ces personnes peuvent être maintenues en détention sans que leur famille soit informée de ce qui leur arrive, sans qu’elles puissent avoir accès à un·e avocat·e et sans qu’elles sachent réellement ce dont elles sont accusées. Souvent, lors de procès non équitables, elles sont désignées comme des «ennemis de Dieu».

La pression sur les organisations de la société civile s’est accrue ces derniers temps. En décembre dernier, l’organisation Center for Human Rights, créée par Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix, a été fermée de force. C’était une des dernières organisations indépendantes de défense des droits humains active en Iran. Mais les défenseuses et les défenseurs des droits humains ne sont pas les seules victimes du régime. Omidreza Mirsayafi, un bloggeur iranien, est un des exemples de la répression qui s’abat sur ceux qui s’expriment. Il est décédé dans la prison d’Evin, à Téheran, le 18mars dernier, semble-t-il parce qu’il n’avait pas reçu les soins médicaux dont il avait besoin. Arrêté après avoir publié des remarques par rapport aux leaders religieux sur son blog, il avait été condamné à deux ans de prison. Roxana Saberi, une journaliste irano-américaine est, quant à elle, détenue depuis le mois de janvier, apparemment pour avoir acheté de l’alcool et exercé son métier sans accréditation valable.

Les minorités ethniques et religieuses sont également opprimées et victimes de la violence des autorités. C’est le cas notamment pour les Baha’is, les Kurdes, les Baluch, les Turkmènes, les Arabes, les Azeri, les sunnites, les chrétiens, les soufis et d’autres. Toute contestation ou demande de reconnaissance de leur part est considérée comme un danger pour la sécurité de l’Etat et réprimée en conséquence.

Les femmes, qui sont l’objet de discrimination dans la loi islamique en vigueur dans le pays, sont aussi la cible des autorités quand elles osent revendiquer davantage d’égalité par rapport aux hommes. Elles sont cependant de plus en plus nombreuses à se mobiliser. Ainsi, la campagne «Un million de signatures », visant à obtenir la parité, suscite beaucoup d’intérêt parmi la population, malgré la répression croissante contre ses membres.  La peine de mort est toujours en vigueur en Iran et largement employée. Il n’est pas possible de connaître le nombre exact de personnes mises à mort car cela relève du secret d’Etat, mais plus de trois cents pendaisons ont eu lieu en public en 2008. L’Iran est également un des rares pays à prononcer des peines de lapidation et d’amputation et à exécuter des mineur·e·s.

Epris de libertés Malgré ce contexte de restriction des libertés et de répression, la société iranienne trouve les moyens de contourner la rigidité des lois. Les jeunes sont éduqués, informés, occidentalisés; ils aiment leur pays et sont épris de libertés. Le contraste est très fort par rapport à la violence du pouvoir. Trente ans après la révolution, l’Iran s’apprête à élire un nouveau président, dans un contexte particulier. En effet, plusieurs signes laissent apparaître un climat de changement. L’Iran est relativement isolé et en relative difficulté économique. Les possibilités de dialogue avec les Etats-Unis se sont faites de plus en plus précises, jusqu’au récent discours du président Obama adressé au peuple et aux dirigeants iraniens. Les relations sont toujours tendues entre les deux pays, notamment en raison de la question nucléaire et de l’omniprésence des Etats-Unis dans la région, mais elles pourraient se réchauffer. Et si le pouvoir ne va pas soudainement décider de respecter les droits humains, il se peut aussi que rien ne puisse arrêter le peuple iranien qui a soif de libertés.