Film «Fausta, la teta asustada»

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°58, publié par la Section suisse d’Amnesty International, septembre 2009
Fausta souffre d’une maladie transmise de mère en fille: les filles des femmes violées pendant la grossesse héritent, par le lait maternel, de la peur qui hante leurs mères. Fausta longe les murs, fuit toute rencontre, a une peur bleue des hommes et s’exprime par de longs chants mélancoliques. L’expression radicale de cette peur est cette pomme de terre qu’elle a mis, enfant, dans son vagin, et dont elle doit couper régulièrement les pousses, histoire de dégoûter les hommes. La mort de sa mère et la recherche d’un moyen pour la ramener au village mettent Fausta, jouée tout en nuance par Magaly Soler, dans le défi de faire confiance à son prochain.

Film «Fausta, la teta asustada»

Dans son nouveau film, La teta asustada, Claudia Llosa, lauréate à la Berlinale, raconte avec des touches comiques, surréalistes et grotesques, mais aussi avec beaucoup d’humanité, cette histoire de la génération post-guérilla au Pérou. Avec comme décor les quartiers populaires de Lima, entourés par des collines arides où tout signe d’habitation paraît passager. Fausta, qui a quitté avec sa mère leur village dans les Andes, vit chez son oncle, dont l’entreprise familiale consiste à organiser des mariages d’un kitsch criard et joyeux, qui provoquent un contraste merveilleux et absurde avec le désert environnant.

Le pari osé de Claudia Llosa – utiliser la hantise du viol fondée sur le vécu de la mère de Fausta, pour symboliser la fermeture au monde – est réussi. Grâce à une mise en scène virtuose qui nous fait vivre la perspective de Fausta : tout être est potentiellement prédateur, même si la réalisatrice suggère aussi que cette perspective peut être faussée. La métaphore demeure, la pomme de terre à l’appui, macabre, et le monde auquel Fausta doit s’ouvrir n’est pas moins bizarre et inhospitalier, pourtant, il en vaut la peine. Ce film est une superbe expression de ce paradoxe.