«Je suis très déçu du refus d’une enquête»

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°58, publié par la Section suisse d’Amnesty International, septembre 2009
Paikiasothy Saravanamuttu est le directeur du Centre pour des alternatives politiques, un institut indépendant et non partisan qui se consacre aux questions de gouvernance démocratique, de droits huma

Paikiasothy Saravanamuttu. © AI

Paikiasothy Saravanamuttu est le directeur du Centre pour des alternatives politiques, un institut indépendant et non partisan qui se consacre aux questions de gouvernance démocratique, de droits humains et de paix. Il est aussi écrivain et un militant célèbre en faveur des droits humains dans son pays, le Sri Lanka.

AMNESTY: Le Sri Lanka refuse toute enquête internationale sur les violations commises durant les derniers mois de la guerre. Comment expliquez-vous cette position?

Paikiasothy Saravanamuttu: Je suis très déçu et triste. Ce qui était demandé était une enquête sur ces allégations, pas une condamnation avant d’établir les faits. Il est impossible d’obtenir une réconciliation nationale sans que les responsables – des deux parties – de violations des droits humains ne rendent des comptes, sinon les témoins et les survivants seront remplis de ressentiment. Nous ne pourrons pas vivre dans une démocratie au Sri Lanka aussi longtemps que des journalistes critiques se feront arrêter et frapper. Nous avons toutes les lois nécessaires pour vivre dans un Etat de droit, mais elles ne sont pas appliquées. Alors je pose la question: est-ce un manque de volonté politique de la part du gouvernement sri-lankais ?

Selon vous, l’impunité pourrait-elle semer les germes d’un prochain conflit au Sri Lanka?

Je pense que si on ne travaille pas honnêtement et sincèrement pour contrer l’impunité, on permet le risque d’un nouveau conflit. Si on veut sérieusement avancer vers une situation d’après-conflit et si on souhaite vraiment la réconciliation et l’unité nationale, cela ne pourra se faire qu’en s’attaquant à l’impunité. Les deux parties en conflit ont commis des crimes qui s’apparentent à des crimes de guerre ou à des crimes contre l’humanité. On ne peut pas aujourd’hui simplement mettre ces crimes sous le tapis.

Les Nations unies ne sortent pas grandies de ce conflit : il semble qu’elles aient minimisé le nombre de victimes, et le Conseil des droits de l’homme a refusé de condamner les exactions commises par le gouvernement sri-lankais. Est-ce que les Nations unies se sont discréditées?

Oui. Tout le monde s’est basé sur les statistiques des Nations unies pour faire des allégations ou des contre-allégations. C’est maintenant leur rôle de fournir des statistiques transparentes.