Corée du Nord «La société s’est largement ouverte»

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°62, publié par la Section suisse d’Amnesty International, septembre 2010.
Des Nord-Coréen·ne·s en exil à Séoul gèrent le site internet d’informations de référence sur la Corée du Nord, le Daily North Korea . Interview de Park In-ho, responsable de l’équipe de chercheurs et chercheuses.

« Le peuple dispose aujourd’hui d’une conscience politique pour comparer sa société avec les autres. Mais la répression brutale du régime l’empêche d’agir. » © Daily NK

Amnesty : Ces derniers temps, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il a de nouveau menacé de lancer une guerre nucléaire en raison des manœuvres sud-coréennes et américaines. Faut-il prendre ces menaces au sérieux ?
Park In-ho
: La Corée du Sud et les Etats-unis font des exer­cices militaires conjoints chaque année. En réaction, le gouver­nement de Corée du nord les menace d’une guerre nucléaire. Cette menace vise premièrement à contrôler le peuple, deuxiè­mement à réduire le nombre d’exercices en faisant du chan­tage vis-à-vis des Etats-unis et de la Corée du Sud, enfin à ren­forcer la coopération avec la Chine en mettant l’accent sur le risque pour la sécurité de la Corée du nord. Mais la possibilité d’une attaque nucléaire nord-coréenne est de 0%. De même que la possibilité d’une guerre conventionnelle.

Mais la Corée du Nord a quand même un programme nucléaire !
Selon certaines estimations, la Corée du nord possède cinq ou six ogives nucléaires, suite à son programme de retraite­ment du plutonium. Le pays a annoncé en juin 2009 qu’il débutait l’enrichissement d’uranium. Mais il n’a pas précisé s’il s’agit d’uranium faiblement ou hautement enrichi.

Le pouvoir de Kim Jong-il est-il solide ? Est-ce que toute la hiérarchie militaire est derrière lui ?
Son pouvoir est toujours très fort. Il n’y a pas de contesta­tion, due à sa santé ou à sa succession, au sein de l’armée. En plus, son beau-frère, Jang Sung taek, a été nommé vice-président de la Commission nationale de défense et renforce ainsi l’emprise de Kim Jong-il sur l’armée. La désignation de son beau-frère est perçue comme la préparation de sa succes­sion en faveur de son fils Kim Jong-eun.

Quel est l’état de santé du leader ?
Les médias nord-coréens ne mentionnent jamais cette question. Mais la population est au courant de son accident vasculaire cérébral en 2008. Certains pensent même que « le Général est faible en ce moment, c’est pourquoi Jang Sung taek est en première ligne ». Mais ils n’imaginent pas que le régime va s’effondrer en raison de l’état de santé de Kim Jong-il. Ils ont vécu toute leur vie sous la propagande du régime, donc ils pensent naturellement que c’est le leader qui va désigner son successeur.

Certain·e·s représentant·e·s d’organisations internatio­nales basées à Pyongyang parlent d’une ouverture mini­male, mais qui va grandissant…
En comparaison avec la situation d’il y a dix ans, la société nord-coréenne s’est largement ouverte. Malgré le contrôle intense des autorités nord-coréennes, les changements sont nombreux. Le flux d’information est plus rapide. Et la culture et les biens extérieurs, de Corée du Sud et de Chine, pénè­trent en Corée du nord.

Pensez-vous qu’une démocratisation de la Corée du Nord est possible ?
J’en suis sûr. La population nord-coréenne actuelle est diffé­rente de celle des années 1990. A l’époque, personne ne savait ce qui se passait dans le pays, en raison de l’isolement. Aujourd’hui, plus de 80% de la population a regardé au moins une fois des films sud-coréens et des centaines de milliers de personnes écoutent des radios étrangères. Le peuple dispose aujourd’hui d’une conscience politique pour comparer sa société avec les autres. Mais la répression brutale du régime l’empêche d’agir. Si le régime s’assouplissait un peu, et si la communauté internatio­nale soutenait ce mouvement, les élites nord-coréennes s’expri­meraient en faveur de la liberté et de la démocratie.