Couvertures L'espoir à travers une multitude de voix

Naissance à Istanbul en 1940, emprisonnement en 1971 pour son opposition au coup d’Etat militaire et exil en Allemagne durant dix ans : l’écrivaine Oya Baydar a une trajectoire marquée par la migration forcée et fait partie des auteurs les plus lus de Turquie.

turquieNaissance à Istanbul en 1940, emprisonnement en 1971 pour son opposition au coup d’Etat militaire et exil en Allemagne durant dix ans : l’écrivaine Oya Baydar a une trajectoire marquée par la migration forcée et fait partie des auteurs les plus lus de Turquie.

Récompensée par de glorieux prix, son dernier roman traduit en français, Parole perdue, est une œuvre qu’on n’oublie pas.

Bien que le titre marque une présence du singulier, c’est au contraire une pluralité de voix qu’il dévoile : d’abord celle d’Omer Eren, un auteur qui n’arrive plus à écrire du fait qu’il a simplement épuisé tous ses mots. Il décide de partir vers l’Est de la Turquie à la quête de lui-même, toujours hanté par un passé qui aurait dû voir la réussite de la révolution kurde. Ensuite, c’est celle d’Elif, sa femme. Scientifique, elle part vers la Norvège à la recherche de leur fils, qui a décidé de fuir le monde de ses parents et leur éducation consistant à lui inculquer leurs valeurs. Enfin, c’est également la voix de Mahmut, jeune Kurde, fuyant à l’ouest du pays après la terrible violence régnant dans les montagnes de l’Anatolie, et celle d’une jeune fille kurde, Zelal, échappant aux coutumes de sa famille.

Le livre d’Oya Baydar est chargé du poids de la mémoire et de la croyance brisée en des révolutions utopiques. L’auteure est fortement hantée par l’idée de violence, « tant par celle de l’Etat que celle du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui le combat », affirme t-elle. Cependant, la militante continue à croire à son grand rêve : la consolidation d’un mouvement politique qui ferait renaître un pays nouveau, dans lequel un individu, peu importe son sexe, son âge ou ses appartenances, ne serait pas obligé de prendre la fuite pour chercher l’espoir ailleurs.

Parole perdue est un livre qui mélange astucieusement la politique, l’espérance, l’amour, l’amitié, le regret, l’affection et la faiblesse. A ne pas manquer.

Oya Baydar, Parole perdue, Paris, Phébus, 2010, 464 p.

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°63, publié par la Section suisse d’Amnesty International, novembre 2010.