«La voix des chanteurs atteint directement le coeur des gens et c'est cette force, si simple, qui terrifie les politiciens et les représentants de la loi», dit Roger Lucey, musicien et compositeur sud-africain. © René Worni
«La voix des chanteurs atteint directement le coeur des gens et c'est cette force, si simple, qui terrifie les politiciens et les représentants de la loi», dit Roger Lucey, musicien et compositeur sud-africain. © René Worni

Couvertures Musique interdite

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°63, publié par la Section suisse d’Amnesty International, novembre 2010.
«Listen to the Banned» est un CD composé de quatorze chansons de musicien·ne·s qui ont un point commun: leur engagement par la musique en faveur de la liberté d’expression. Ces compositions sont autant de voix pour celles et ceux qui ne peuvent pas se faire entendre. Non sans risque : ces œuvres sont sur les listes noires de gouvernements qui veulent les réduire au silence.

Les quatorze chansons de «Listen to the Banned» sont un kaléidoscope de styles musicaux différents et autant de coups de projecteur sur les régions du monde où les droits humains sont réduits au silence. Au Cameroun, Lapiro de Mbamga est une star. Depuis près de vingt ans, il utilise le pouvoir de la musique populaire pour faire campagne en faveur de réformes sociales. En 2008, irrité·e·s par la cherté du niveau de vie et par une modification constitutionnelle qui permettait au président de rester au pouvoir indéfiniment, les Camerounais·es sont descendu·e·s dans la rue. C’est au milieu de ces mouvements de grèves nationales et de manifestations de masse qu’il a composé la chanson « Constitution constipée », présente sur le CD. Dans ses textes, il n’hésite pas à critiquer directement le président Paul Biya. La chanson est devenue l’hymne officieux de la protestation. Lapiro est alors accusé d’inciter la jeunesse à se rebeller. En septembre 2009, il est condamné à trois ans de prison et à payer une amende de 650'000 francs suisses à titre de compensation pour les dommages causés lors des émeutes.

Turquie

Les menaces de mort, les brutalités policières et les procès sans fin sont devenus le pain quotidien du compositeur et musicien engagé Ferhat Tunç. Depuis 1985, il a publié vingt albums composés de chansons dénonçant l'oppression du peuple et de la culture kurde. Ses chansons ont été censurées par la radio et la télévision nationale turque. A plusieurs reprises, il n’a pas pu terminer ses concerts suite à l’intervention de la police. Il a connu les prisons turques et continue de faire l’objet de poursuites judiciaires.

Ce CD se fait aussi le porte-voix de musicien·ne·s d’Afghanistan, Iran, Liban, Zimbabwe, Côte-d’Ivoire, Soudan, Israël/territoires occupés, Sahara oriental, Pakistan et Xinjiang.  L’ONG Freemuse s’engage à travers le monde contre la persécution des musicien·ne·s et des compositeurs et compositrices. Ce CD a été publié par la chanteuse et activiste de la paix Deeyah, fille d’immigré·e·s pakistanais·es à Oslo.

Le CD est disponible sur www.freemuse.org