© Déo Negamiyimana
© Déo Negamiyimana

Portrait Engagé pour les minorités sexuelles

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°63, publié par la Section suisse d’Amnesty International, novembre 2010.
Collaborateur à l’Office fédéral de la statistique à Neuchâtel, Hans Markus Herren, quarante ans, est également un ardent défenseur des droits humains. C’est en 1997 qu’il commence à militer pour Amnesty. A l’époque, il est membre du Groupe des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT) dont il coordonne ensuite les activités en Suisse alémanique pendant douze ans.

«J’aime m’engager sur le terrain. Je préfère les actions aux grandes théories déconnectées de la réalité», affirme le statisticien, devenu entre-temps responsable des finances au comité exécutif de la Section suisse d’Amnesty International.

Le Bernois aime s’engager et il aime le faire dans la légalité. Gay et fier de l’être, il encourage ses ami·e·s à faire leur coming out sans honte. «Pour moi, dit-il, les droits humains sont indivisibles. Avec Amnesty, j’ai vite appris à m’engager à l’aide des moyens légaux disponibles. C’est pour cela que j’encourage toutes les minorités sexuelles à s’engager en toute transparence pour leurs droits.»

C’est sans doute grâce à sa formation et à son parcours professionnel que Hans Markus Herren aime parler avec des exemples concrets. Il se souvient encore de l’adoption par le peuple suisse, le 5 juin 2005, de la loi sur le partenariat enregistré entre personnes du même sexe. La votation avait comme principal objectif la reconnaissance juridique des couples de même sexe et a abouti avec 58% de votes favorables. Cela lui fait dire qu’il faut savoir parler au peuple, une approche que notre interlocuteur trouve bien ancrée dans le savoir-faire d’Amnesty. «Une fois que les gens sont intéressés, il y a automatiquement un effet multiplicateur. Cela change les mentalités», estime le quarantenaire qui reconnaît que la Suisse est un Etat de droit même si, pour lui, il reste encore un grand pas à franchir. Il pense notamment au discours xénophobe qui a conduit entre autres aux prochaines votations sur l’initiative pour l’expulsion des étrangers criminels, qu’il juge anticonstitutionnelle. Il pense également au phénomène de la pauvreté qui frappe une frange importante de la population dans ce pays, aux violences domestiques mais aussi à la discrimination des minorités sexuelles. «Tout un ensemble de défis à relever», observe-t-il en gardant un œil vigilant sur la diabolisation des musulman·e·s et la responsabilité de certaines entreprises dans les violations des droits humains.

A travers son regard et sa voix, on est donc face à un homme de conviction, qui veut se donner les moyens d’arriver à un monde plus respectueux des droits humains. « Je ne sais pas ce que va être ce monde ces toutes prochaines années », s’interroge Hans Markus Herren, qui ajoute que ce n’est pas une raison de baisser les bras. «Au sein d’Amnesty, je donne une grande partie de mon temps libre, mais j’ai aussi appris pas mal de choses dont la persévérance, l’organisation des groupes, etc.», confie le statisticien, convaincu qu’il faut développer ce qu’il appelle la pertinence locale. A son avis, même si Amnesty est un mouvement international, il doit encourager les populations à se sentir localement concernées par l’engagement en faveur des droits humains. Voilà la raison pour laquelle Hans Markus Herren se trouve plus souvent sur le terrain que chez lui. «J’aimerais avoir un peu plus de temps à la maison, mais malheureusement, je n’y arrive pas», confie celui qui a un pied professionnel à Neuchâtel et un pied militant en Suisse alémanique.