Des milliers de migrant•e•s fuyant les violences en Libye s’entassent à la frontière avec la Tunisie (mars 2011). Selon l’OIM, il y aurait près de 1,5 million d’immigrés irréguliers en Libye. © UNHCR/A.Duclos
Des milliers de migrant•e•s fuyant les violences en Libye s’entassent à la frontière avec la Tunisie (mars 2011). Selon l’OIM, il y aurait près de 1,5 million d’immigrés irréguliers en Libye. © UNHCR/A.Duclos

Migration L’impasse des politiques migratoires

 
Le bilan de la migration dans le monde est amer. Alors que les pays d’accueil tout comme les pays d’origine des migrant·e·s pourraient profiter des échanges, la communauté internationale se retranche derrière des politiques de fermeture, et les conséquences en termes de droits humainssont déplorables.

«Une bonne gestion des migrations peut être un puissant moteur de croissance économique et d’innovation dans les pays d’accueil, un vigoureux instrument de développement et de lutte contre la pauvreté dans les pays d’origine», selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Pourtant, aujourd’hui, la politique de migration se trouve dans une impasse. La communauté internationale favorise une politique de fermeture. Mais ni la construction d’un immense mur entre les Etats-Unis et le Mexique ni le zèle de Frontex aux frontières de l’Europe ne peuvent rien contre la détermination des migrant·e·s.

Oublié·e·s des statistiques

Pauvreté, conflits et insécurité alimentaire : chaque personne migrante a sa propre histoire qui la pousse vers l’exil. Les politiques de fermeture, loin de décourager les migrant·e·s, les poussent vers la clandestinité. Les clandestin·e·s disparaissent des statistiques, sont oublié·e·s et n’ont aucun droit. Situation qui ouvre la porte à toutes les dérives : trafic d’êtres humains, traite des femmes. Dans le monde, 2,5 millions de personnes victimes de la traite travailleraient dans des conditions proches de l’esclavage (chiffres 2008 de l’OIM). Même si l’ampleur du phénomène est difficile à chiffrer, la Suisse n’est pas en reste. Les victimes y sont principalement des femmes vivant des situations d’exploitation sexuelle.

Criminalité organisée

Les migrant·e·s sont souvent prêt·e s à tout pour atteindre leur but. Pour arriver aux Etats-Unis, ces personnes traversent le Mexique et voyagent dans des conditions parfois très dangereuses. Beaucoup s’installent sur les toits des trains de marchandises. Certain·e·s sont enlevé·e·s par des bandes criminelles, qui font de la migration une activité lucrative. Selon l’OIM, «le trafic de migrant·e·s rivalise avec le trafic de stupéfiants en tant que source majeure de revenu de la criminalité organisée».

Travailler à tout prix…

L’exploitation des migrant·e·s n’est pas que le fait de groupes criminels. Certains Etats en profitent aussi. Dans les pays du Golfe, les immigré·e·s sont une main-d’œuvre bon marché, garante du fonctionnement de l’économie. Aux Emirats arabes unis, au Koweït ou au Qatar, les immigré·e·s représentent plus de 70% de la population et sont recruté·e·s principalement en Asie du Sud-Est. Hommes et femmes subissent des conditions de travail plus que précaires et se voient confisquer leur passeport par des agences de recrutement qui prélèvent le tiers, voire la moitié de leurs revenus. «Ces personnes n’ont pratiquement aucun recours contre les agences qui les ont trompées avec de fausses promesses de bons salaires et des frais de recrutement abusifs », constate Human Right Watch aux Emirats arabes unis. Les femmes, souvent employées de maison, sont extrêmement exposées aux violences et n’ont aucune protection juridique.

…et faire vivre son pays

Mais les revenus gagnés font vivre des familles entières restées au pays. Dans le monde, une personne sur trente-cinq est migrante. Aujourd’hui, les fonds rapatriés par les migrant·e·s dans leur pays d’origine représentent quatre fois l’aide au développement. A elle seule, l’Inde a reçu cinquante milliards de dollars de ses émigré·e·s en 2009 (chiffres de l’OIM).

L’émigration des plus qualifié·e·s peut avoir pour conséquence un exode des compétences particulièrement difficile pour les pays les plus pauvres. Mais, autre aspect moins connu, les migrant·e·s apportent à leur pays d’origine des compétences, des investissements, une visibilité et des réseaux. « Les migrants contribuent souvent à la modernisation, à la démocratisation et à la défense des droits de l’homme, que ce soit de l’étranger ou dans leur pays lorsqu’ils y retournent », constate l’OIM. Dans les pays d’accueil, une bonne gestion des migrations permettrait de combler les pénuries de main-d’œuvre et de déjouer les déséquilibres démographiques.

L’immigré engagé pour les migrants

© Tharcisse Semana © Tharcisse Semana

Diplômé en droit de l’Université de Fribourg, Roger Macumi est arrivé à Fribourg il y a dix-neuf ans. Marié à une Tessinoise et père de trois enfants, cet avocat activement engagé pour la défense des migrant·e·s a vécu une histoire singulière. Il a fui son pays, le Burundi, à l’âge de vingt ans, avant d’avoir pu finir ses études. La cause: les discriminations institutionnalisées et les massacres organisés contre l’ethnie hutue. Au-delà de l’étiquette ethnique, il promouvait la fraternité entre étudiant·e·s hutu et tutsi. Réfugié au Rwanda voisin où il a terminé ses Humanités générales, section Lettres Modernes, il a dû quitter ce pays d’accueil en 1992 pour suivre sa formation à l’Ecole de la Foi et des Ministères à Fribourg. Celle-ci l’a amené à s’inscrire à l’Université de Fribourg où il a entamé des études de droit. Ce Burundais de quarante-quatre ans, admirateur de Nelson Mandela, n’oublie jamais pourquoi il a fui son pays et les raisons pour lesquelles il doit militer: les droits et les libertés des «sans voix». «La défense des plus faibles est le moteur de mes actions. Je refuse l’instrumentalisation des migrants à des fins idéologiques et politiques», déclare ce pèlerin de la liberté qui fait partie du comité de l’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers (ODAE). Il vient de fonder sa propre association: Connexion Suisse Migrant.