Suisse Militer pour les droits humains en Suisse

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°65, publié par la Section suisse d’Amnesty International, mai 2011.
La Suisse compte sur son territoire trois mille militant·e·s organisé·e·s dans 85 groupes. Portraits de quatre personnages marquants.
Fondateur du groupe du Tessin

Piergiorgio Delorenzi. © AI

Dans les tumultes de l’année 1968, Piergiorgio Delorenzi cherche un mouvement dans lequel s’engager. Il opte pour Amnesty International. «L’organisation était concrète, efficace et au-dessus des idéologies, des partis politiques, des religions et des jeux de pouvoir», se souvient «Delo». En janvier 1974, il fonde avec ses amis le premier groupe au Tessin. Leur première action est une exposition itinérante d’affiches d’Amnesty pour rendre le mouvement visible au sud des Alpes. Puis le groupe s’engage pour trois prisonniers. «Rapidement, nous nous sommes occupés d’un pasteur russe, d’une femme au foyer indonésienne et d’un intellectuel argentin», se remémore Piergiorgio Delorenzi.

Au début, en pleine guerre froide, il n’était pas facile de convaincre le public tessinois. «Des gens nous accusaient d’être, des espions infiltrés du KGB et d’autres d’être des agents de la CIA», raconte l’ancien professeur d’économie politique. Mais grâce à un travail assidu sur le terrain, les pionniers d’Amnesty au Tessin réussissent à gagner la confiance de la population. Le nombre croissant de membres actifs conduit finalement à la création de quatre groupes, à Lugano, Locarno, Bellinzona et Mendrisio. Piergiorgio Delorenzi est toujours actif. A l’heure du bilan sur ses trente-sept années passées chez Amnesty, les conclusions sont heureuses: «Sauver la vie d’autres personnes m’a permis de donner un sens profond à ma vie.»

Premier secrétaire politique

André Daguet. © DR

C’est en quelque sorte grâce à l’armée qu’André Daguet a rejoint les rangs d’Amnesty International. En effet, le fourrier de sa compagnie, Peter Klopfstein, lui a un soir parlé d’Amnesty. Il a ainsi rejoint en 1969 le groupe de Berne. Très peu de temps après son adhésion, il a pris la plume pour demander la libération de prisonniers au Brésil et en Union soviétique. Ensuite, il est allé présenter l’organisation dans des paroisses, des salles communales ou des centres de loisirs. «Entre 1970 et 1975, il y avait presque chaque mois un nouveau groupe qui se formait.»

Le syndicaliste se souvient que les motivations des premiers membres étaient très différentes: «Certains voulaient libérer les prisonniers soviétiques, d’autres trouvaient scandaleux qu’il y ait encore des détenus politiques à l’Ouest et la dernière catégorie était préoccupée par le Tiers-Monde. Ce qui réunissait tous ces gens, c’était la volonté de s’engager pour des prisonniers d’opinion au sein d’un mouvement impartial.»

André Daguet a incontestablement joué un rôle très important dans le développement de l’organisation en Suisse. Membre du groupe de Berne, puis du Comité exécutif de 1974 à 1979, il est devenu en 1980 le premier Secrétaire politique de la Section. Il a quitté ce poste en 1986 pour devenir Secrétaire général du parti socialiste suisse.

Militante jusqu’au bout

Laura Perler. © Déo Negamiyimana

Née à Wünnewil dans le canton de Fribourg, Laura Perler s’engage tôt dans la défense des droits humains. Le déclic vient à dix-sept ans, lors d’un voyage au Mexique. Dans ce pays d’Amérique centrale, la Fribourgeoise est en contact avec des sans-abri qu’elle côtoie chaque jour. Les conditions dans lesquelles vivent ces déshérité·e·s l’indignent.

A son retour en Suisse, elle commence à militer au sein du groupe Amnesty du Collège Saint-Michel. Elle en devient d’ailleurs responsable quelques années plus tard. Presque au bout de son parcours académique à l’Université de Berne, elle prépare actuellement son diplôme de bachelor en anthropologie sociale et droit public.

Membre du Comité exécutif d’Amnesty depuis trois ans, son statut d’étudiante ne l’empêche pas de s’engager pour les questions qui lui tiennent à cœur, notamment l’éducation aux droits humains, l’asile et la migration.

La jeune militante avoue sa déception face aux injustices sociales, en Suisse comme ailleurs. Mais elle ne se décourage pas: «Je ne veux pas rester indifférente. Ma motivation reste au top!» Prochainement, elle compte se rendre en Inde à vélo, l’occasion de parler avec les gens et d’apprendre de leurs différentes cultures. Elle affirme avoir appris énormément de son dernier voyage au Bénin où elle était partie travailler avec les apiculteurs locaux dans le cadre de son mémoire. Ecoute, dialogue et engagement semblent guider cette militante qui, le sourire aux lèvres, se dit engagée jusqu’au dernier souffle.

Energie renouvelable

Viviana Marchetto. © Fabrice Praz

«Cette hypocrisie me révolte! Depuis toujours Amnesty dénonce ces dictateurs qui torturent et tuent!» Viviana hausse le ton pour s’insurger contre nos mensonges et nos lâchetés. Mais la colère seule, c’est du plomb. Alors, elle l’a transformée en or. Par l’engagement.

Viviana Marchetto a dix-sept ans lorsqu’elle frappe à la porte d’Amnesty International. Au lieu de bougonner «bof» dans son coin, l’ado mord à l’hameçon de la défense des droits humains et reste «accro». Comment accepter de voir bafouée la liberté d’opinion ? Et la torture ? Et la peine de mort? Le «groupe d’action» lui va comme un gant. Cette non-violente s’y fait les dents et une langue bien pendue. Elle s’assouplit aussi les doigts en tapant des milliers de lettres à Monsieur le Président et autres Majestés.

1978, c’est aussi le Bulletin d’Amnesty, foisonnement de questions et de réflexions. Elle y prend de la bouteille la petite. Trente-trois ans après, elle est encore dans la mêlée: minorités, femmes, pauvreté… Et en Suisse, devant notre porte, n’y a-t-il rien à balayer? Que devient le droit d’asile? Quel sort réserve-t-on aux réfugié·e·s?

Bien sûr, Viviana a parfois le vague à l’âme. «Aujourd’hui, la base est plus formatée, moins consultée, mais la professionnalisation est sans doute le gage de la pérennité d’une organisation née de la révolte d’un homme, il y a cinquante ans. En 1961.» Oh! A propos, Viviana aussi est née en 1961. Bon anniversaire Mesdames !