Avenir Retour vers le futur

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°65, publié par la Section suisse d’Amnesty International, mai 2011.
Laurette von Mandach est la Présidente du Comité exécutif de la Section suisse d’Amnesty International. Elle nous livre les enjeux qui attendent le mouvement.

Présidente du Comité exécutif de la Section suisse d'Amnesty International. © AI

Lorsque nous réfléchissons au futur, nous sommes souvent forcé·e·s de nous interroger sur le passé. Et nous trouvons parfois réponses à nos questions en nous rappelant ce que nous avons commencé par être, et ce que nous sommes devenu·e·s. Amnesty International célèbre aujourd’hui cinquante ans de lutte pour les droits humains. Notre organisation milite depuis ses débuts pour la libération des prisonnières et prisonniers d’opinion et contre la torture. Puis viendra l’engagement pour l’abolition de la peine de mort.

Dans les années 1970 déjà, les droits civils et politiques ne nous paraissaient plus pouvoir être considérés isolément – par exemple le droit à un procès équitable. La liberté d’opinion n’est pas dissociable du droit de vivre dans des conditions sociales et économiques préservant la dignité humaine. Cela implique l’égalité des chances en ce qui concerne la formation et le travail.

Cette vision des choses a fini par s’imposer. Lors de l’Assemblée du Conseil international de 2001, les délégué·e·s d’Amnesty ont décidé d’étendre le mandat de l’organisation à tous les droits humains. Cette revendication venait notamment des militant·e·s des pays du Sud. La dignité de la personne ne peut être garantie que si l’accès à la santé, à la formation et à l’emploi sont assurés en même temps que les droits civils et politiques.

La Section suisse ne constitue qu’une pièce d’un puzzle constitué de 51 sections organisées de manière démocratique dans soixante-huit pays, mais son développement est exemplaire. En Suisse, l’action d’Amnesty repose sur l’engagement de 49 000 membres et de 48 collaboratrices et collaborateurs, auxquel·le·s s’ajoutent onze stagiaires et civilistes. Après des années de croissance ininterrompue, la Section connaît aujourd’hui la stabilité financière.

Il n’est évidemment pas question de nous reposer sur nos lauriers, aussi longtemps que tant d’êtres humains voient leurs droits violés au quotidien et vivent en permanence sous la menace. Ces personnes ont plus que jamais besoin de notre solidarité. Après cinquante ans d’activité, Amnesty aspire à renforcer son engagement. Nous voulons accroître la portée des droits humains dans les pays du Sud, mais aussi en Suisse même, deux objectifs pour nous également prioritaires.

C’est pourquoi nous appuyons le nouveau Secrétaire général Salil Shetty. Il va commencer par mettre en place des antennes d’Amnesty au Brésil et en Inde. Nous soutenons également son initiative pour décentraliser l’organisation, fortement concentrée à Londres. Pour obtenir que les droits humains soient plus largement respectés, nous devons être présent·e·s partout où ils sont bafoués, et collaborer avec les organisations partenaires locales et les militant·e·s.

Tout en étant conscient·e·s que la tâche principale de notre organisation est et restera la solidarité internationale, nous souhaitons à l’avenir nous engager davantage pour la protection des droits fondamentaux en Suisse. Nous ressentons une colère grandissante face à l’instrumentalisation des peurs latentes dans la population au service d’une politique visant l’affaiblissement systématique des droits humains. Nous allons donc travailler plus étroitement avec des organisations partenaires en Suisse même. Nous voulons mettre l’accent sur l’éducation aux droits humains et nous efforcer de sensibiliser de nouveaux publics à cette problématique. Une chose est d’ores et déjà certaine : atteindre ces buts nous prendra bien plus qu’une année, fût-elle une année anniversaire.