Famille Rom à Belvil. | © Helen Stringer
Famille Rom à Belvil. | © Helen Stringer

Délaissé•e•s au cœur de Belgrade

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°66, publié par la Section suisse d’Amnesty International, septembre 2011.
Pas d’électricité, pas d’eau, et la récupération des déchets pour seule ressource. A Belgrade, métropole européenne, les familles roms vivent sous les ponts. Au quotidien, elles affrontent l’absence d’infrastructure et la discrimination.

Il est midi. Une odeur rance d’ordures plane dans l’air. Entre les baraquements serrés les uns contre les autres, la ferraille et les cartons sont disposés en tas. Des enfants s’approchent de nous, curieux. Mais la plupart des habitant·e·s du quartier de Belvil nous évitent et se détournent au moindre mouvement d’appareil-photo. Belvil est l’un des six cents bidonvilles que compte la Serbie, selon les organisations locales. Des quartiers informels presque exclusivement habités par des Roms, victimes de préjugés profondément ancrés dans la société. Selon les estimations, près de 270 000 personnes habiteraient dans des bidonvilles en Serbie. Belvil est situé au coeur de Belgrade.
Les cent cinquante habitant·e·s de ce quartier informel ont construit leur maison sous un pont et dans ses alentours, à un jet de pierre de l’hôtel quatre étoiles Holiday Inn.

Esma y habite avec son mari et ses enfants âgés de quatre à vingt ans, dans un logement construit par leurs propres moyens. elle est accompagnée de borka, seule habitante de Belvil active dans une ONG pour la défense des droits des roms (Regional Centre for minorities). Les deux femmes ont accepté de témoigner.

Lutte pour l'eau et l'électricité

Dans un quartier dépourvu des services de base, la principale préoccupation d’Esma est l’approvisionnement en eau. «Dès mon réveil, je me rends à pied à la borne fontaine située à un kilomètre. Pour satisfaire aux besoins de toute la famille, je dois y retourner plusieurs fois par jour. Entre les trajets, je reste à la maison pour m’occuper des enfants.» Pour se procurer de l’électricité, les habitant•e•s de Belvil bricolent un raccordement illégal au réseau. «Tous les dix jours, les services de l’électricité coupent les câbles et les emportent. nous réinstallons alors le raccordement et recommençons à pomper le réseau », raconte Esma. Son mari récolte de la ferraille et d’autres matériaux de récupération pour les revendre. Il gagne ainsi cinq cents dinars par jours (5,50 francs). «Nous avions un marché aux puces pour faire du commerce, mais les autorités l’ont fermé», regrette Esma. la mère de famille travaille parfois avec son mari. Pour compléter leurs repas, les familles de Belvil vont à la boulangerie où elles reçoivent gratuitement les produits invendus. Pour les travaux ménagers, esma est aidée par sa fille de vingt ans, qui vit à la maison. Sa deuxième fille a fait un apprentissage de cuisinière, elle est actuellement sans emploi. La troisième, âgée de huit ans, va à l’école. «Elle se plaint souvent parce que je ne peux pas lui donner l’argent de poche dont elle a besoin pour ses dépenses là-bas.» Contrairement à la plupart des habitant•e•s de Belvil, Esma et ses enfants ont des documents d’identité. Cela leur permet d’avoir accès aux soins médicaux.

Il fait chaud dans la maison poussiéreuse d’esma. Un ventilateur souffle de l’air tiède au visage des hôtes. Des habits sont empilés dans un coin, quelques matelas servent de canapé. La famille de six personnes se partage la minuscule chambre à coucher. Dans la maison, pas de salle de bain ni de toilettes. Des installations communautaires servent à tout le quartier. Les murs et le toit en bois ne sont pas isolés. Autour de la baraque, des déchets s’accumulent.