Les enfants de Somalie n’ont connu que la guerre. Beaucoup subissent de fortes pressions pour devenir soldats. © DR
Les enfants de Somalie n’ont connu que la guerre. Beaucoup subissent de fortes pressions pour devenir soldats. © DR

Dossier Somalie Génération sacrifiée?

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°67, publié par la Section suisse d’Amnesty International, novembre 2011.
Le conflit somalien a des répercussions particulièrement néfastes sur les enfants. Recrutés comme soldats par les milices comme par les forces gouvernementales, privés d’éducation, victimes d’attaques armées, les enfants ne sont protégés par aucune des parties au conflit.

En Somalie, les enfants vivent constamment dans la peur. De nombreux dangers les guettent: être enrôlé de force dans un bataillon d’enfants soldats, perdre leur famille, ne plus pouvoir aller à l’école, se retrouver sous le feu des armes. Les adolescent·e·s somalien·ne·s ne savent pas ce que signifie une vie en sécurité: une guerre interminable déchire leur pays depuis la chute du dictateur Siad Barre en 1991. «Toute ma vie, j’ai eu peur», lit-on dans l’un des deux cents témoignages à la base d’un rapport d’Amnesty International sur les violations des droits humains dans les régions centrales et méridionales du pays.

Enfants soldats

Les enfants sont pris entre les lignes de tir des factions rivales qui luttent pour le pouvoir sur les ruines de l’Etat somalien. De nombreuses personnes se réfugient dans les pays limitrophes par peur que leurs enfants soient recrutés par les groupes armés. Les quinze groupements armés d’obédience islamiste, dont la milice Al Shabab, ont systématiquement recours aux enfants soldats. «Les jeunes sont obligés de combattre. Les milices les y incitent en disant: «Voici l’homme qui a tué ton frère», attisant ainsi leur haine, raconte une jeune fille de quinze ans. Les milices débarquent dans les écoles et emmènent les adolescent·e·s. Les filles doivent cuisiner et faire la lessive pour les soldats. Les milices bernent les enfants avec des promesses d’argent ou de téléphones, effectuent des raids dans des écoles ou procèdent à des enlèvements dans des lieux publics. Même les troupes du gouvernement de transition formé au Kenya en 200 (Transitional Federal Government, TFG) recrutent des enfants soldats. Le gouvernement de transition figure sur la liste de la honte dressée par les Nations unies en tant qu’entité recrutant, utilisant, tuant et mutilant des enfants dans le cadre d’un conflit armé. Il s’était engagé à respecter les droits des enfants, mais n’a pas encore adopté des mesures concrètes pour mettre fin à l’utilisation d’enfants par les forces qui combattent à ses côtés.

Ecoles fermées

Lorsqu’ils ne combattent pas, les enfants sont à la merci d’une balle perdue ou d’un bombardement. Les milices, les troupes du TFG et même celles de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), arrivées en Somalie en 2007, tuent aveuglément les civil·e·s. Les enfants sont régulièrement témoins de flagellations et de meurtres lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes en danger. Nombre d’entre eux ont perdu leur famille et doivent se débrouiller seuls. Il est rare qu’ils puissent aller à l’école. Les combats ont réduit en cendres plusieurs bâtiments scolaires. Les écoles de la capitale Mogadiscio sont fermées par peur des attaques. La milice Al Shabab interdit la scolarisation des filles et a rayé plusieurs branches du programme d’enseignement. La famine aggrave la situation. Les Nations unies estiment qu’un enfant somalien sur quatre souffre de malnutrition. Beaucoup d’enfants sont séparés de leurs parents lors de l’exode vers le Kenya. Si les crimes de guerre perpétrés contre eux continuent à être ignorés, les jeunes d’aujourd’hui risquent de devenir une génération sacrifiée.