Depuis le début de l’année, les manifestations pro et anti-gouvernement de Nicolás Maduro ont dégénéré et fait plus de quarante morts au Venezuela. © Carlos Becerra
Depuis le début de l’année, les manifestations pro et anti-gouvernement de Nicolás Maduro ont dégénéré et fait plus de quarante morts au Venezuela. © Carlos Becerra

Actuel Venezuela: une polarisation dangereuse

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°78, publié par la Section suisse d’Amnesty International, août 2014.
Le Venezuela traverse depuis février une crise qui révèle de profondes divisions et Nicolás Maduro, qui a succédé au leader socialiste Hugo Chávez il y a un peu plus d’un an, doit faire face aux protestations populaires, aux charges de l’opposition et aux critiques croissantes de ses propres rangs. La polarisation du pays augmente depuis quinze ans et a culminé ce printemps lors des manifestations qui ont fait plus de quarante morts. par Anouk Henry

Début février, les étudiant·e·s du pays sont massivement descendu·e·s dans la rue pour protester contre l’insécurité, la crise économique et la pénurie de produits de base, bientôt rejoint·e·s par les partis d’opposition. Ces derniers mois, les files d’attente pour obtenir lait, farine ou papier hygiénique se sont dramatiquement allongées, malgré les importantes ressources pétrolières du pays et les efforts consentis par le gouvernement pour garantir les droits économiques et sociaux des Vénézuélien·e·s défavorisé·e·s.

«Ces graves carences sont le moteur des protestations, explique Montserrat Sagot, professeure à l’Université du Costa Rica et spécialiste en droits humains. Malheureusement, les demandes légitimes de la population ont été récupérées à des fins de propagande politique.» Les manifestations, pro et anti-gouvernement, ont dégénéré et les violations des droits humains se sont multipliées. Dans un rapport publié en avril, Amnesty dénonce de graves atteintes à la vie et à l’intégrité physique, ainsi que des détentions arbitraires d’opposant·e·s politiques.

Le Ministère public a reçu de nombreuses plaintes d’abus de la part des forces de l’ordre, voire des cas de torture d’étudiant·e·s arrêté·e·s pendant les rassemblements. On déplore aussi des violences de la part des opposant·e·s au régime et des fonctionnaires abattu·e·s. «Il faut une enquête immédiate et exhaustive sur toutes les accusations de violations des droits humains et que les responsables soient traduits en justice», exige Erika Guevara- Rosas, directrice pour les Amériques d’Amnesty International.

Tout aussi préoccupantes sont les atteintes croissantes à la liberté de la presse. Luis Agelvis, qui travaillait pour la télévision internationale Globovisión, s’est exilé il y a dix ans lorsqu’il a dû enfiler un gilet pare-balles pour faire son travail d’information: «Il n’existe aujourd’hui pratiquement plus de médias critiques envers le gouvernement, explique-t-il. Et ceux qui restent subissent d’énormes pressions.» Début février, Nicolás Maduro a ordonné de couper la transmission de la chaîne sud-américaine NTN24.

Aujourd’hui, l’attention internationale a chuté et un calme relatif semble revenu dans les rues de Caracas, même si Luis Agelvis affirme que «les gens sortent encore tous les jours pour manifester». Le conflit s’est déplacé à la table des négociations que tient Maduro avec une fraction de l’opposition mais qui peine à donner des résultats. De plus, pour la première fois, le chavisme montre publiquement des divisions internes: plusieurs cadres proches d’Hugo Chávez critiquent à présent ouvertement la gestion et le manque de leadership de Nicolás Maduro.