Port d’Augusta en Sicile, août 2014. Débarquement de migrant·e·s et de requérant·e·s d’asile africain·e·s sauvé·e·s des eaux en Méditerranée centrale par la marine italienne. © AI
Port d’Augusta en Sicile, août 2014. Débarquement de migrant·e·s et de requérant·e·s d’asile africain·e·s sauvé·e·s des eaux en Méditerranée centrale par la marine italienne. © AI

Actuel Des gestes qui comptent

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°81, publié par la Section suisse d’Amnesty International, juin 2015.
A l’heure où nous mettions sous presse, près de deux mille migrant·e·s avaient été englouti·e·s en Méditerranée depuis le début de l’année. Dont huit cents lors du seul naufrage du 18 avril. Ce dernier accident a provoqué une vague d’émotion en Europe. Les médias ont largement relayé l’événement et les politiques ont promis de prendre des mesures pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.

Par Nadia Boehlen

Pour répondre à la catastrophe humanitaire, les dirigeant·e·s européen·ne·s se sont réuni·e·s en un sommet d’urgence le 23 avril à Bruxelles. Mais les mesures adoptées, après l’hécatombe que leur politique a provoquée en barricadant les voies terrestres d’accès à l’Europe et en poussant l’Italie à mettre fin à l’opération de sauvetage «Mare Nostrum», sont cosmétiques. Les moyens financiers de Triton qui, depuis novembre 2014, a succédé à «Mare Nostrum», ont été triplés. Or, c’est Frontex, l’agence de protection des frontières de l’Union européenne (UE) qui gère Triton.

Cette dernière n’est pas une opération de recherche et de sauvetage. Contrairement aux navires de «Mare Nostrum», dont le rayon d’action s’étendait jusqu’à environ cent quatre-vingt-cinq kilomètres au sud de Lampedusa, Triton effectue des patrouilles frontalières à cinquante-cinq kilomètres des côtes italiennes et maltaises, loin des zones où la grande majorité des navires se trouvent en difficulté.

De nouvelles morts sont donc programmées. L’Europe a aussi annoncé qu’elle accueillerait cinq mille migrant·e·s, un nombre dérisoire au regard de la crise actuelle des réfugié·e·s. A titre de comparaison, les quatre pays limitrophes de la Syrie et l’Egypte ont accueilli à eux seuls près de quatre millions de réfugié·e·s syrien·ne·s depuis le début de la guerre dans ce pays. La Suisse fait un peu mieux, elle a promis d’accueillir trois mille personnes supplémentaires. Mais elle s’était montrée bien plus généreuse au moment des guerres de l’ex-Yougoslavie.

Le reste du catalogue de mesures des dirigeant·e·s européen·ne·s ne fait que réaffirmer l’absence totale de solidarité de l’Europe et sa volonté obstinée de fermeture. Il est notamment question de meilleurs contrôles des migrations avec les pays tiers. Traduisez: il conviendra d’externaliser le plus possible, à l’avenir, le traitement des demandes d’asile. En échange de fonds dédiés au développement, les pays aux confins de l’Europe en deviendront les gardes-chiourme, affectés à recaler les migrant·e·s dans des conditions qui ne respecteront bien sûr pas les standards minimaux en matière de droits humains.

Face à ces politiques, chaque initiative compte. Des particuliers et des organisations tels que Médecins sans frontières ont lancé leur propre mission de secours. Des collectifs, comme le refuge de l’église Saint-Laurent, à Lausanne, qui accueille des débouté·e·s de l’asile en vertu de la procédure de Dublin, et des personnes privées s’organisent pour venir en aide aux réfugié·e·s. Face à ces politiques, la désobéissance devient vertu.