Depuis la réélection du président Pierre Nkurunziza, le 24 juillet, le Burundi est à feu et à sang, le régime traque toute voix discordante. © REUTERS/Goram Tomasevic
Depuis la réélection du président Pierre Nkurunziza, le 24 juillet, le Burundi est à feu et à sang, le régime traque toute voix discordante. © REUTERS/Goram Tomasevic

Actuel Le Burundi : l’hécatombe

Par Déo Negamiyimana - Article paru dans le magazine AMNESTY n°83, novembre 2015.
Le président burundais, Pierre Nkurunziza, a manipulé la Constitution de son pays pour accéder à un troisième mandat que refusait pourtant la population. Depuis l’annonce à sa propre succession, le 25 avril, le pays traverse une crise politico-sécuritaire. Zoom sur une situation aux causes machiavéliques.

Nkurunziza, le président aux discours religieux, passe désormais pour un bigot aux yeux d’une grande partie de la population. C’est plutôt un homme sans foi ni loi qui ne recule devant rien pour tuer ses opposant·e·s. La société civile et la presse indépendante n’existent plus au Burundi, où le régime traque toute voix discordante. Les bureaux des journalistes indépendant·e·s ont été incendiés, une des raisons qui les a poussé·e·s à l’exil. Après avoir été élu en 2005 et en 2010, Pierre Nkurunziza avait été mis en garde contre les conséquences d’une réélection, clairement proscrite par la Constitution et les accords d’Arusha*.

Depuis la confirmation de sa réélection le 24 juillet dernier, le Burundi vit sous haute tension. Les exemples ne manquent pas. Il suffit de penser aux carnages du 3 octobre dans les quartiers de Mutakura et Cibitoke, qui ont occasionné la mort d’au moins neuf personnes ainsi qu’à la tuerie du quartier 3 à Ngagara, qui a provoqué la mort de dix personnes dont celle du journaliste de la radio-télévision nationale du Burundi (RTNB), Christophe Nkezabahizi et de sa famille. En août dernier, Pierre Claver Mbonimpa, président de l’association pour la protection des prisonniers et des droits humains (APRODH), avait échappé à une tentative d’assassinat. Il s’est par la suite réfugié en Belgique, où il suit encore un traitement médical. S’exprimant sur cette violence, Daniel Bekele, directeur de la division Afrique de Human Rights, estimait que ces événements étaient susceptibles de provoquer de nouvelles tensions. Ce constat est aujourd’hui confirmé par l’Union africaine, l’Union européenne et l’ONU. Toutes ces organisations demandent que les autorités de Bujumbura ouvrent un dialogue sur la crise que connaît le pays, ce qui n’est pas du goût de leurs représentant·e·s, notamment du ministre des Relations extérieures, Alain Nyamitwe, qui refuse toute discussion avec l’opposition en exil.

L’opposition en exil, reconnue officiellement sous le nom de Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha et la restauration d’un Etat de droit (CNARED), sillonne la planète pour alerter le monde sur le danger d’une violence généralisée au Burundi, mais également dans le centre de l’Afrique. En effet, des centaines de jeunes sont régulièrement arrêté·e·s dans différentes provinces du pays, accusé·e·s d’appartenir à des groupes rebelles qui attaquent des positions militaires et policières en vue de renverser le pouvoir. La résistance s’organise donc contre vents et marées.

* Accords de paix pour le Burundi, signés le 28 août 2000 sous l'égide de Nelson Mandela à Arusha en Tanzanie.

 Par Déo Negamiyimana