Isabelle Gattiker a pris les commandes du FIFDH en janvier 2015, elle avait cofondé le festival en 2002 avec Léo Kaneman. © FIFDH Miguel Bueno
Isabelle Gattiker a pris les commandes du FIFDH en janvier 2015, elle avait cofondé le festival en 2002 avec Léo Kaneman. © FIFDH Miguel Bueno

Festival du film et forum international sur les droits humain «Pour sensibiliser, réinventons le monde»

Par Julie Jeannet - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 84, Mars 2016
Après avoir travaillé comme assistante du cinéaste Amos Gitaï, comme productrice de films et enseignante de cinéma, Isabelle Gattiker est aujourd’hui directrice du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) à Genève. Elle raconte l’origine de son engagement et lève le rideau sur la prochaine édition qui aura lieu du 4 au 13 mars 2016.
Amnesty: Pourquoi avoir choisi le cinéma pour faire avancer la cause des droits humains ?

Isabelle Gattiker: Le cinéma est un moyen formidable pour raconter des histoires universelles. Une histoire, c’est le fondement de ce qui nous rassemble, ça permet de déclencher une émotion et de se mettre à la place de l’autre. C’est aussi un moyen de lancer des débats et de stimuler l’engagement.

Vous avez travaillé sur de nombreux films engagés. Êtes-vous une militante qui fait des films ou une cinéphile qui traite des problématiques liées aux droits humains ?

Les deux sont pour moi complètement indissociables, comme les deux racines d’un même arbre. Je ne pourrais pas faire du cinéma qui ne soit pas engagé, mais pour m’engager j’ai besoin du cinéma. Plus le film est fort, original, profond, plus il va toucher les gens et avoir un impact sur le monde. Le regard du cinéaste est donc essentiel !

D’où vous vient cette sensibilité pour les droits humains ?

 C’est une histoire personnelle et familiale. Petite, j’ai habité en Colombie durant la guerre civile. Mon père était un militant d’extrême gauche devenu diplomate, il a toujours été très engagé. Mon grand-père maternel était journaliste, correspondant politique pour la NZZ à Berlin dans les années trente. Antinazi convaincu, il a été expulsé en 1940. C’était un grand lecteur de Voltaire et de Victor Hugo. J’ai eu la chance d’hériter de sa bibliothèque. L’un des premiers livres qui m’a marqué c’est Les Misérables… Je dévore les livres, la littérature fait partie de ma vie autant que le cinéma.

L’année passée, le festival s’est étendu, des projections ont eu lieu dans un centre de détention pour mineur·e·s, dans une résidence pour personnes âgées et dans un hôpital. Est-ce une de vos missions que de rendre le cinéma accessible au plus grand nombre ?

Absolument ! Lorsque j’étais productrice de cinéma, mon travail a toujours été d’aller chercher le public. Aujourd’hui, si on veut sensibiliser aux droits humains et changer les choses, il faut surprendre les gens et aller les chercher près de chez eux. On ne peut plus se reposer sur ce qui a déjà été fait. Pour réinventer le monde, il faut réinventer la manière dont on parle du monde !

De quelles manières allez-vous innover cette année ?

Beaucoup de nouveautés cette année, impossible de les citer toutes ! Le Festival s’étend dans tout le canton de Genève, à Lausanne et à Orbe, avec des projections et des discussions publiques dans les salles communales, des maisons de quartier, des clubs sportifs et des foyers pour personnes migrantes. Nous présenterons également le travail d’artistes engagés : le dessinateur Patrick Chappatte avec Fenêtres sur les couloirs de la mort, la metteuse en scène Maya Bösch. La talentueuse photographe Leila Alaoui, tragiquement assassinée à Ouagadougou, devait être l’artiste à l’honneur cette année et a signé la photo de notre affiche juste avant son décès. Nous sommes effondrés par cette tragédie, et lui rendrons bien sûr hommage. 

Quelles surprises nous réserve l’édition 2016 ?

Il y aura bien sûr chaque soir des films et des débats avec des personnalités internationales ; chacun sera invité à prendre la parole ! Deux soirées sont coorganisées avec Amnesty International, l’une consacrée à l’Arabie Saoudite, l’autre à la peine de mort. De nombreux cinéastes seront présents, comme Brillante Mendoza, Amos Gitaï et le Marocain Nabil Ayouch, auteur du sulfureux Much Loved.

Un coup de cœur ?

Sonita, l’histoire d’une bouleversante rappeuse afghane, une femme inoubliable, artiste et engagée. Ce film marquera les esprits.

Bande annonce de l'édition 2016 du FIFDH