Action «Run for Human Rights» (courir pour les droits humains) à Hongkong. © Amnesty International
Action «Run for Human Rights» (courir pour les droits humains) à Hongkong. © Amnesty International

Edito Si les sportifs s'engageaient ?

Par Nadia Boehlen - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 85, Juin 2016
Je m’agace régulièrement de l’absence de prise de position des sportifs et des sportives d’élite sur des violations des droits humains. Ils sont tenus par leur fédération, nous dit-on. C’est sans doute vrai. La skieuse suisse Lara Gut s’est vue blâmée par Swiss Olympic et presque disqualifiée après avoir évoqué l’homophobie en Russie avant les Jeux Olympiques de Sotchi.

Mu·e·s par l’argent des sponsors, rares sont celles et ceux qui prennent le risque de leur déplaire, se pliant à l’image lisse que les grandes marques requièrent d’eux. En son temps pourtant, Mohamed Ali s’était engagé de manière flamboyante. Il avait refusé de servir l’armée américaine dans la guerre contre le Vietnam en clamant qu’«aucun Vietnamien ne m’a jamais traité de nègre». Alors au sommet de sa gloire, il était dépossédé de son titre mondial et de sa licence de boxe. Il s’est aussi constamment engagé pour la cause noire, même si ce fut de manière controversée.

Quatre types de violations sont exacerbées lors de grands événements sportifs comme les Jeux Olympiques et la Coupe du monde ou au moment de leur préparation : la répression de la liberté d’expression, les expulsions forcées, l’exploitation des travailleurs et la poursuite des défenseurs des droits humains. C’est inacceptable. Il serait bon que les sportifs et les sportives s’engagent pour les dénoncer, à l’instar de Cassius Clay. Surtout, il est temps que les fédérations et organisations qui les encadrent, à commencer par la FIFA et son nouveau président Gianni Infantino, incluent les droits humains tant dans leurs règlements internes que dans leurs critères d’attribution de grandes compétitions.