Düziçi dans la province d’Osmaniye, en Turquie. Des réfugié·e·s syrien·ne·s ont été détenu·e·s arbitrairement dans ce camps ; certain·e·s ont été renvoyé·e·s en Syrie. © Amnesty International
Düziçi dans la province d’Osmaniye, en Turquie. Des réfugié·e·s syrien·ne·s ont été détenu·e·s arbitrairement dans ce camps ; certain·e·s ont été renvoyé·e·s en Syrie. © Amnesty International

Turquie Accord migratoire honteux

Par Nadia Boehlen - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 86, Août 2016
En mars dernier, l’Union européenne signait un accord migratoire avec la Turquie pour réduire drastiquement l’accès des réfugié·e·s à l’Europe via la Grèce. Cet accord qui prévoit le renvoi des réfugiés qui arrivent en Grèce vers la Turquie a des conséquences désastreuses.

Le 18 mars 2016, l’Union européenne (UE) et la Turquie concluaient un accord migratoire de grande portée. En échange d’une aide financière de six milliards d’euros et de concessions politiques de la part de l’UE, la Turquie a accepté de reprendre tous les «migrants en situation irrégulière» qui ont atteint les îles grecques après le 20 mars 2016. Pour Cyrielle Huguenot, responsable des questions migratoires à la Section suisse d’Amnesty International, «il s’agit d’un marchandage honteux qui n’a d’autre but que de fermer l’accès des réfugiés à l’Europe via la Grèce».

Les tenant·e·s de cet accord expliquent que la Turquie est un pays tiers sûr où les personnes en quête d’asile peuvent être renvoyées pour voir leur demande d’asile examinée. «Mais la Turquie n’est pas un pays sûr, parce qu’elle renvoie des personnes dans des pays où elles risquent de subir de graves violations des droits humains, notamment la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan, et parce que les droits des réfugiés ne sont pas respectés sur son territoire», poursuit Cyrielle Huguenot.

Ces derniers mois, la Turquie a fermé sa frontière terrestre avec la Syrie aux réfugié·e·s syrien·ne·s, sauf à celles et ceux qui ont besoin de soins médicaux d’urgence. D’après les recherches conduites par Amnesty International, les garde-frontières turcs ont ouvert le feu à plusieurs reprises sur des personnes qui ont tenté de franchir clandestinement la frontière. Anwar Majanni, juge syrien qui vit en Turquie témoigne en ce sens. «Les tirs sur des Syriens ordinaires à la frontières sont fréquents en particulier dans les provinces d’Idlib et de Hassaké.»

«Au lieu de se décharger sur la Turquie de ses responsabilités, l’UE devrait plutôt chercher à lancer un ambitieux programme de réinstallation pour les réfugiés qui se trouvent actuellement dans ce pays.» - Cyrielle Huguenot, responsable des questions migratoires pour Amnesty Suisse

Pas de moyens de subsistance

La Turquie ne dispose pas de capacités suffisantes pour traiter les demandes d'asile, ce qui signifie que des centaines de milliers de personnes réfugiées restent pendant des années sans statut juridique. De plus, la grande majorité des réfugié·e·s sont contraint·e·s  de chercher un abri sans aucune aide du gouvernement. Beaucoup s’en sortent grâce à la charité de membres de leur famille, d’autres réfugié·e·s ou de communautés religieuses. Le témoignage de Rima Aljajy, qui a vécu quelques mois en Turquie avant de trouver refuge en Suisse en atteste : «J’ai habité chez ma sœur, car je n’avais pas d’argent pour louer un logement. Il y a parfois quatre ou cinq familles syriennes dans un même appartement, et les gens qui n’ont pas de moyens pour payer un loyer sont dans les camps.» Les enfants réfugiés travaillent souvent pour aider leur famille à subvenir à ses besoins les plus élémentaires. «Les Turcs utilisent la présence des Syriens. Mon fils de 14 ans travaillait dans un restaurant quatorze heures par jour.», explique Rima Aljajy.

La Turquie accueille plus de trois millions de personnes demandeuses d’asile ou réfugiées, soit plus que tout autre pays au monde. En 2015, les États membres de l’UE ont collectivement réinstallé seulement 8155 personnes réfugiées venant de divers pays du monde. «Au lieu de se décharger sur la Turquie de ses responsabilités, l’UE devrait plutôt chercher à lancer un ambitieux programme de réinstallation pour les réfugiés qui se trouvent actuellement dans ce pays», estime Cyrielle Huguenot.