Monique Mujawamariya travaille aujourd’hui pour Mafubo, une association qu’elle a créée pour lutter contre l’extrême pauvreté, l’insécurité, et les violences contre les femmes. © Tharcisse Semana
Monique Mujawamariya travaille aujourd’hui pour Mafubo, une association qu’elle a créée pour lutter contre l’extrême pauvreté, l’insécurité, et les violences contre les femmes. © Tharcisse Semana

Rwanda La marathonienne des droits humains

Par Tharcisse Semana - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 87 Décembre 2016
Il est dix heures pile. Vêtue de boubous africains, Monique Mujawamariya arrive à notre rendez-vous fixé dans le quartier de Matonge à Bruxelles et me salue d’une chaleureuse accolade. Souriante, elle me prévient qu’elle ne peut pas rester longtemps car elle ne veut absolument pas rater la messe.

Je saute donc à l’essentiel et la questionne sur l’origine de son engagement pour la défense des droits humains. D’un regard lumineux, elle me raconte que l’événement déclencheur a été l’arrestation de ses voisins dans l’indifférence des gens de son quartier de Remera, au cœur de Kigali, la capitale du Rwanda.

«Dans les années 1980, juste avant la guerre civile qui a débuté en octobre 1990, le Rwanda était rongé par des drames épisodiques: massacres et assassinats, banditisme et meurtres étaient très courants», témoigne Monique. «J’avais 35 ans, lorsque la police a arrêté un couple vivant à quelques mètres de chez moi. Les domestiques ont fui, abandonnant les enfants de trois et quatre ans, seuls dans la maison. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience du risque que couraient de nombreuses personnes d’être accusées de complicité avec les rebelles.» En effet, à cette période-là, les arrestations arbitraires, disparitions forcées et assassinats de toute personne suspecte d’être complice du Front patriotique rwandais (FPR) – un mouvement politico-militaire regroupant les anciens réfugiés rwandais du Burundi, de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Zaïre, actuellement République démocratique du Congo – étaient très courants.

Monique Mujawamariya met tout en œuvre pour sauver la peau de nombreuses personnes accusées à tort sur la base de faux témoignages. «Dans le cas de ce couple emprisonné, je suis allée chercher leurs deux enfants qui étaient dans un état lamentable : leurs habits étaient sales, ils étaient affamés et malades. Je les ai soignés et me suis mise à la recherche de membres de leur famille», se souvient-elle.

«Le développement durable ne pourra s’enraciner dans les pays pauvres que si on le bâtit autour de la femme !», - Monique Mujawamariya

Constamment sollicitée par les familles pour enquêter sur le sort de personnes disparues, déterminer le lieu de détention de prisonniers et prisonnières, défendre des personnes devant la justice, Monique décide en 1990 de créer l’association rwandaise pour la défense des droits de la personne et des libertés publiques, (ADL). «Afin de ne plus me sentir seule dans ce combat, j’ai cherché des hommes intellectuels pour m’épauler dans cette tâche. Des journalistes, des juristes et des hommes d’affaires m’ont rejoint. Ils comprenaient ma motivation et osaient prendre position face au pouvoir en place. Je voulais absolument qu’ils continuent mon travail s’il m’arrivait quelque chose. À l’époque, j’étais déjà la cible de nombreuses menaces», raconte la militante.

À 61 ans, sa verve pour la défense des droits humains ne faiblit pas, Monique défend aujourd’hui les droits des femmes par le biais de l’association Mafubo, qu’elle a créé pour lutter contre l’extrême pauvreté, l’insécurité, et les violences. Créée en 2009, l’association est aujourd’hui active dans 40 pays, en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique. «Le développement durable ne pourra s’enraciner dans les pays pauvres que si on le bâtit autour de la femme !», lance-t-elle, enthousiaste !