Des milliers de personnes se sont regroupées à Bogotá, le 25 septembre 2016 pour soutenir la signature de l'accord de paix entre le gouvernement et les FARC. © Gabriel Galindo
Des milliers de personnes se sont regroupées à Bogotá, le 25 septembre 2016 pour soutenir la signature de l'accord de paix entre le gouvernement et les FARC. © Gabriel Galindo

Colombie Vaincre l’impunité

Par Carolina Garzón, Ana María Rodríguez et Caroline Ritter* - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 88, Mars 2017
Le 24 novembre dernier, un accord de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a enfin été ratifié après le rejet du projet initial par référendum. Un événement historique qui devrait mettre fin à 52 ans de guerre civile.

Durant les quatre ans qui ont précédé la signature de l’accord de paix, les organisations de la société civile et les victimes directes du conflit ont été invité·e·s à participer à la rédaction de l’accord de paix. Au total, plus de 10 000 suggestions ont été enregistrées et prises en compte à la table des négociations. Elles ont été recueillies par le biais de cinq forums destinés aux victimes, quatre à l’échelle régionale, à Cali, Villavicencio, Barrancabermeja et Barranquilla, et un au niveau national, à Bogotá. De plus, 60 victimes du conflit ont été invitées à se déplacer à La Havane. Ces personnes ont été sélectionnées afin de représenter un échantillon de la population colombienne touchée par le conflit. Une attention particulière a été portée sur l’équité de genre, la représentation des différentes minorités indigènes et afro-colombiennes ainsi que des générations affectées, afin de rendre compte de l’ampleur de la violence connue dans le pays.

99 % des violations des droits humains impunies

Jusqu’ici, en raison d’un manque de moyens et de volonté politique, plus de 99 % des violations des droits humains sont restées impunies, ainsi que plus de 90 % des crimes ordinaires. Avec la signature de l’accord de paix, le gouvernement compte désormais rendre justice à plus de huit millions de victimes du conflit. La création d’un tribunal spécial pour la paix (Juridiction spéciale pour la paix - JEP, en espagnol), d’une commission d’enquête sur le conflit et d’une unité spéciale de recherche des personnes disparues donne bon espoir à Gustavo Gallón, directeur de la Commission colombienne des juristes. «En plus de statuer sur les violations perpétrées par les FARC et les agents de l’État, la JEP permettra de juger et de sanctionner des crimes commis par d’autres acteurs, tels que les paramilitaires, les politiciens et les particuliers.» Jusqu’ici, il fallait souvent 20 à 30 ans pour qu’une enquête aboutisse et les responsables n’étaient la plupart du temps jamais traduits en justice.

Juridiction spéciale pour la paix

La Juridiction spéciale pour la paix pourra prononcer des peines allant jusqu’à vingt ans de prison dans les cas où les auteurs jugés coupables ne confesseront pas leurs délits. Une peine alternative est prévue pour ceux et celles qui collaboreront avec la justice. Ils seront condamnés à une restriction de leur liberté de mouvement durant huit ans et devront participer à un plan de réparation approuvé et supervisé par les juges de la JEP, et soumis à consultation des victimes. «En espérant que la JEP accomplisse son rôle, justice sera enfin rendue dans des cas d’assassinats de paysans par les agents de l’État, de disparitions forcées de procureurs par les paramilitaires ou encore de recrutement d’enfants par la guérilla» lance Gustavo Gallón avec prudence et espoir.

Des victimes par millions

Ces trente dernières années, près de sept millions d’individus ont été forcés à fuir leur domicile. Plus de 267 000 personnes ont été tuées, quelque 60 000 ont été victimes de disparition forcée, et environ 30 000 ont été prises en otage. Des milliers de personnes ont également été victimes de torture, de violences sexuelles et de mines antipersonnel. Enfin, environ 8000 mineurs ont été recrutés de force par des groupes de guérilla et des groupes paramilitaires, selon la Commission colombienne des juristes.

* Carolina Garzón, Ana María Rodríguez et Caroline Ritter travaillent pour la Commission colombienne des juristes (CCJ). L’ONG basée à Bogotá travaille pour améliorer la situation des droits humains en Colombie et pour la protection des droits des populations vulnérables.