© Ambroise Héritier
© Ambroise Héritier

Édito La littérature façonne votre vision du monde

Par Nadia Boehlen - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 88, Mars 2017

Nadia.jpgUne de mes auteures préférées est l’Afro-Américaine Tony Morrison. Elle conte les Noir·e·s de son pays de manière bouleversante. Lyriques jusqu’à former parfois une mélopée, celles de ses ancêtres esclaves, ses romans me touchent tant parce qu’ils s’écartent magistralement du manichéisme. Maniant avec virtuosité récits enchâssés et surréalisme, Tony Morrison met en scène l’esclavage et la ségrégation, bien sûr. Mais elle décrit aussi les destins des Noir·e·s comme produit des travers internes de leurs communautés et, in fine, de la nature humaine. J’ai toujours été révoltée par l’esclavagisme et le suprémacisme blanc, son dérivé contemporain. Mais l’œuvre de Tony Morrison a nourri et affiné ma vision des discriminations subies par les Afro-Américain·e·s. Ce n’est pas un hasard.

En donnant vie à certaines situations, en scrutant l’âme humaine, la littérature façonne notre vision du monde, nos convictions, nos engagements. Les auteur·e·s romand·e·s que nous avons contacté·e·s pour leur demander d’écrire librement sur un thème des droits humains dans ce numéro du magazine AMNESTY le démontrent. Que ce soit en mettant en perspective nos préoccupations dérisoires avec la détresse du monde, en intercalant une scène imaginée de torture avec une réflexion sur la démarche d’écrire la torture en Suisse, ou en interrogeant les restrictions des droits humains propres à notre ère. Que ce soit en se mettant dans la peau d’une jeune Géorgienne qui a obtenu l’asile en Suisse sans ses parents ou de celle (!) d’un tee-shirt fabriqué au Cambodge, chaque texte éclaire de manière particulière les droits humains.

Bonne lecture !