Un homme proteste contre les restrictions à la liberté de la presse et demande la libération de journalistes détenu·e·s au Caire le 10 juin 2015. © REUTERS/Mohamed Abd El Ghany
Un homme proteste contre les restrictions à la liberté de la presse et demande la libération de journalistes détenu·e·s au Caire le 10 juin 2015. © REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

Édito Préserver nos acquis

Par Nadia Boehlen - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 90, Août 2017
Que ce soit en lien avec la montée des populismes ou avec la lutte contre le terrorisme, l’action des défenseur·e·s des droits humains est de plus en plus considérée comme un obstacle à la sécurité et aux intérêts nationaux.

nadia.jpegHomicides et disparitions forcées, répression du droit de manifester pacifiquement, utilisation abusive de lois définies en termes vagues: autant de mesures auxquelles les États recourent plus que jamais pour entraver leur action. En 2016, 281 personnes ont été tuées pour avoir défendu les droits fondamentaux, et des arrestations ont eu lieu pour les mêmes motifs dans 68 pays. Récemment, la Turquie inculpait des dizaines de militant·e·s de premier plan, dont le président et la directrice de la Section turque d’Amnesty.

Il était courant de voir des gouvernements comme ceux de la Turquie et de la Russie propager leur hostilité à l’égard des défenseur·e·s des droits humains avec des discours les qualifiant de «militants terroristes» ou «d’agents de l’étranger». Ce type de climat s’étend désormais à des pays comme Israël ou la Hongrie. Tandis que dans nos démocraties séculaires, la peur d’accueillir trop de migrant·e·s et celle du terrorisme, exploitées et alimentées par la droite populiste, s’agrègent pour pousser nos dirigeant·e·s à adopter des mesures qui entravent nos libertés et le travail des défenseur·e·s des droits humains. Pourtant, en milieu démocratique, les attaques contre la société civile pourraient aussi contribuer à la renforcer. Nombre de citoyen·ne·s comprennent que ces attaques portent en fin de compte sur les acquis démocratiques, et n’en sont que davantage poussé·e·s à se mobiliser.