«On ne doit plus voir des dépouilles de personnes traînées dans les rues à cause de leur orientation sexuelle, ou d’autres subir la stigmatisation», s’indigne  Driss, militant sénégalais pour les droits des personnes LGBTI. © Amnesty International/Toby Binder
«On ne doit plus voir des dépouilles de personnes traînées dans les rues à cause de leur orientation sexuelle, ou d’autres subir la stigmatisation», s’indigne Driss, militant sénégalais pour les droits des personnes LGBTI. © Amnesty International/Toby Binder

Défenseur·e·s des droits humains Plus jamais de mort·e·s LGBTI!

Par Kiné Fatim Diop, responsable de campagne pour l’Afrique de l’Ouest - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 90, Août 2017
Défendre les droits des personnes homosexuelles en Afrique, c’est s’exposer à de gros risques, y compris la violence et la mort. Le Sénégal ne fait pas exception: la dépénalisation de l’homosexualité y est instrumentalisée par les leaders politiques et religieux ainsi que par les médias. Pourtant, le Sénégalais Driss (prénom d'emprunt) a choisi de se battre.

La souffrance endurée par ses pairs a catalysé l’activisme de Driss en faveur du respect des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transsexuelles et intersexes (LGBTI).

Physique imposant, voix posée et franc sourire, il explique: «J’ai vu le manque de compréhension des familles, des voisins, les effets d’une loi pénalisant l’homosexualité et la méconnaissance de ce qui relève de l’orientation sexuelle. C’est pour cela que j’ai décidé d’être un militant des droits LGBTI.»

Il commence à militer en 2006, d’abord de manière discrète. En 2008, son arrestation et sa condamnation à huit ans de prison simplement à cause de son orientation sexuelle supposée le propulsent malgré lui devant les médias et l’opinion nationale. Le 20 avril 2009, il ressort de prison pour défaut de preuve, marqué à jamais.

«Dans un pays où l’homosexualité est vue comme importée de l’Occident, il était important de donner un visage local à l’homosexualité.»

Il décide alors d’assumer son orientation sexuelle et son combat, et devient l’un des rares leaders de la lutte pour les droits des LGBTI au Sénégal à mener son combat publiquement. «Dans un pays où l’homosexualité est vue comme importée de l’Occident, il était important de donner un visage local à l’homosexualité», affirme-t-il. Selon lui, il ne faut pas imposer les droits des personnes LGBTI de manière brutale, mais par le dialogue. Car «les résistances dans les familles et dans la rue sont plus fortes encore que celles que nous trouvons au sommet de l’État».

Son association a réussi à s’implanter dans quatre régions du Sénégal, avec plus de 600 membres qui organisent des activités de sensibilisation sur les maladies sexuellement transmissibles. Elle aide aussi des jeunes expulsé·e·s par leur famille ou arrêté·e·s de manière arbitraire. Par ailleurs, Driss rend visite aux personnes arrêtées arbitrairement à cause de leur orientation sexuelle et intervient auprès des autorités en faveur de leur libération.

Le jeune homme estime que le travail en faveur des LGBTI doit aller au-delà du prisme des maladies sexuellement transmissibles : «Nous souhaitons aussi parler de droits humains et pas seulement avoir juste l’approche santé – VIH.» Dans cette optique, en février 2016, il lance la Plateforme des Associations Communautaires pour le respect, la protection et la promotion des Droits Humains (PAC-DH). D’après lui, il est essentiel que les organisations et les défenseur·e·s des droits LGBTI africain·e·s documentent les violations subies et produisent leurs propres rapports, défi qu’il souhaite relever à travers la plateforme.

Driss restera au Sénégal malgré les pressions, même si dans son pays des organisations de défense des droits humains continuent de penser que les droits des personnes LGBTI ne font pas partie de leur champ d’action. 

«On ne doit plus voir des dépouilles de personnes traînées dans les rues à cause de leur orientation sexuelle, ou d’autres subir la stigmatisation», dit-il, déterminé à poursuivre son combat.