Depuis quatre ans, Dijamant Shala s’engage au sein d’Amnesty YOUTH pour combattre les injustices qui le révoltent au quotidien. © DR
Depuis quatre ans, Dijamant Shala s’engage au sein d’Amnesty YOUTH pour combattre les injustices qui le révoltent au quotidien. © DR

Militantisme Sous le calme, la révolte

Par Amandine Thévenon - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 91, Décembre 2017
Qui pourrait penser que Dijamant Shala a 21 ans ? Le jeune homme dégage une assurance naturelle : vêtu d'un blazer beige, les cheveux parfaitement coiffés, avec des mots bien placés et un sourire qui ne quitte presque jamais son visage, il partage son expérience, ses choix et ses rêves sans retenue, comme s’il vous connaissait depuis toujours.

Dijamant Shala est membre d’Amnesty YOUTH depuis 2013. C’est lors de la rencontre des jeunes à l'Assemblée générale d’Amnesty Suisse qu’il décide de s’engager au côté de jeunes venant de toute la Suisse avec un projet commun: défendre les droits humains. «On milite et on fait la fête, mais on remarque surtout qu’on n’est pas tout seul», glisse-t-il. Faire partie de ce mouvement l’apaise dans sa révolte, les échanges l’enrichissent et l’obligent à être actif. Comme il aime le dire: «Je tire sur la corde avec les autres.»

Dijamant fait aujourd’hui partie de YOUTH in Action, «le Conseil fédéral d’Amnesty pour les jeunes», explique-t-il. Les jeunes discutent entre eux, ont une vue globale de ce qui se passe dans le monde et réfléchissent à des actions à mettre en œuvre avec l’appui de la Section suisse. «Nous avons de la chance, notre avis est toujours pris en compte», confie-t-il. Les groupes de jeunes sont pour lui primordiaux dans ce genre d’organisation, afin de toucher la jeunesse différemment: «Je me suis rendu compte à quel point Amnesty proposait des choses abstraites pour les jeunes.»

«Les gens pensent savoir»

Lors d’une exposition, son groupe a proposé aux intéressé·e·s de porter des lunettes 3D montrant la ville d’Alep complètement détruite. Dijamant se souvient d’un jeune homme disant ne pas être intéressé car «tout le monde sait ce qu’il s’y passe». Après avoir malgré tout essayé les lunettes, il avait les larmes aux yeux. «Le problème, c’est que les gens pensent savoir. Mais ils ne savent pas!», affirme Dijamant. «C’est pour cela qu’il est important de montrer les violations des droits humains, peut-être même parfois crûment.»

Le jeune militant étudie le droit à Genève dans le but de devenir avocat pénaliste. «Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir entrer dans la vie d’une personne qui a chuté, qui a fait des erreurs», explique-t-il. Avant cela, le grand projet de Dijamant était d’entrer au CICR et de travailler sur le terrain. Ses parents n’appréciaient guère cette idée, et c'est l’argument de sa mère qui l’a définitivement convaincu: «On t’a fait fuir la guerre, ce n’est pas pour que tu y retournes!»

«Nous sommes comme un arbre, nos racines sont au Kosovo, et les branches sont suisses.»

Du Kosovo à la Suisse

Sa famille a fui la guerre du Kosovo alors que Dijamant avait trois ans. Elle s’installe en Suisse, à Genève, et s’intègre rapidement. «On est une famille traditionnelle-moderne», explique Dijamant en souriant, pour souligner qu’ils ont à la fois gardé les traditions et évolué avec leur temps. «Nous sommes comme un arbre, nos racines sont au Kosovo, et les branches sont suisses.» Il ajoute ensuite fièrement que ses parents recevront la nationalité suisse cette année.

Dijamant a grandi entre ses trois sœurs. Ses deux aînées, Dorentina et Dojenta, font toutes deux des études, l’une en médecine, l’autre en sciences de l’éducation. La plus jeune, Dafina, veut devenir manager. «Je dis souvent à mes sœurs: vous n’avez pas de chance d’être des femmes», confie-t-il sérieusement. «Regardez en Suisse, l’égalité salariale n’existe pas et les femmes passent leur vie à devoir prouver qu’elles sont aussi capables que les hommes.»

Ce genre d’injustices quotidiennes révoltent particulièrement l’étudiant, tout comme le racisme et la xénophobie, qui sont selon lui tous deux banalisés en Suisse. «Je suis un révolté de base, même si j’ai l’air calme», conclut-il.