Susanne, Philippe et Sabine Eddé dans leur jardin à Lausanne. © AI
Susanne, Philippe et Sabine Eddé dans leur jardin à Lausanne. © AI

Action Le militantisme, une histoire de famille

Propos recueillis par Noémie Matos - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 94, Août 2018
Philippe, Susanne et Sabine Eddé font partie du groupe 18 d’Amnesty, à Lausanne. Rencontre avec le «noyau dur Eddé», qui ne compte pas ses heures lorsqu’il s’agit de défendre les droits humains.

Chez les Eddé, on n’a pas la langue dans sa poche et on ne pratique pas la langue de bois. «Nous nous intéressons beaucoup à la politique et nous avons toujours des discussions animées en famille», résume Susanne, 61 ans. Cette Bâloise d’origine est responsable depuis deux ans du groupe 18, un des groupes de bénévoles d’Amnesty à  Lausanne, en plus de donner des cours d’allemand. Son époux Philippe, 63 ans, concilie son travail de médecin avec son engagement dans le groupe 18. Leur fille Sabine, 28 ans, est membre active du groupe –quand elle ne se  déplace pas à l’étranger dans le cadre de son travail. La famille Eddé compte encore un frère et une soeur qui  s’intéressent aux sujets d’Amnesty mais n’en sont pas membres.

Atmosphère Amnesty à la maison

Philippe, né à Beyrouth, est arrivé à Lausanne au début de la guerre civile libanaise en 1975, pour entamer des  études de médecine. «J’ai commencé chez Amnesty en 1982, c’était l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud.  J’écrivais à chaque action urgente», se souvient-il. Susanne, militante dans l’âme, rejoint Amnesty au début des années 1980, d’abord dans le groupe de Bâle. Leur fille Sabine est tombée dans la potion de la lutte pour les droits humains très tôt, car «il y avait déjà une fibre ‘amnestyenne’ à la maison, avec toujours un magazine Amnesty dans le coin», évoque la jeune femme. Ses études en relations internationales à Genève l’ont amenée à s’engager activement au sein d’Amnesty en 2011, entraînant père et mère à redevenir des membres actifs en intégrant le
groupe 18 après elle.

À chacun·e son cheval de bataille : Philippe s’intéresse à la situation au Sahara occidental, ainsi qu’au conflit israélo-palestinien. Susanne et Sabine sont plus portées sur les sujets touchant la Suisse, avec en ce moment l’initiative dite  des juges étrangers et celle pour des multinationales responsables. «On peut et on doit faire beaucoup de choses en  Suisse et en Europe!», souligne Susanne. Elle explique avec fierté que Le militantisme, une histoire de famille le groupe 18, en plus de mener des actions classiques de stands, organise régulièrement des films-débats, par exemple dans le cadre du Festival Cinémas d’Afrique. «Les intérêts des 35 membres du groupe sont nombreux, créant ainsi plusieurs pôles d’expertise», relève Sabine. Cela se voit avec la diversité des thématiques abordées, que ce soit l’asile, la lutte contre la peine de mort, contre les discriminations, pour les droits des femmes… La famille se réjouit  de la création du Groupe de travail pour le militantisme –dont Susanne fait partie– et de sa plateforme web d’échange d’idées et de compétences prévue pour 2020, qui renforcera les liens entre les groupes bénévoles d’Amnesty en Suisse.

Une riche expérience humaine

La même flamme anime les Eddé, explique Philippe: «Il y a parfois des moments de doute, où on ne sait pas si ce qu’on fait a de l’impact. Malgré cela, on continue encore et toujours.» Cette année, la rencontre avec la directrice d’Amnesty Turquie Idil Eser, lors de la Conférence annuelle, a renforcé la motivation de Susanne: «Ces moments sont forts. J’éprouve ce même sentiment quand je lis les lettres de remerciements de celles et ceux qu’on a pu libérer de prison ou sauver de la peine de mort. Le lancement de la campagne ‘I Welcome’ dans toutes les gares suisses, avec les activistes emballés dans des couvertures de survie, était aussi génial!» Sabine souligne la riche expérience humaine que lui apporte le militantisme: «Je me suis fait des amis en or.» Sa mère sourit: «Mon rêve serait un stade  de foot rempli par des militants d’Amnesty.» Et Sabine de rêver d’une action mondiale, pile le même jour, regroupant toutes les sections d’Amnesty…