Avec son dernier album, «Même pas peur», le rappeur jurassien Sim’s apporte une note positive à l’actualité déroutante du monde. © Bastien Bron
Avec son dernier album, «Même pas peur», le rappeur jurassien Sim’s apporte une note positive à l’actualité déroutante du monde. © Bastien Bron

Interview On rappe l’optimisme en Romandie

Propos recueillis par Amandine Thévenon - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 95, Décembre 2018
Avec son dernier album, «Même pas peur», le rappeur jurassien Sim’s pose un regard désabusé sur le monde et son époque. Il s’efforce pourtant de faire souffler un vent d’optimisme dans chacun de ses textes.
> AMNESTY: Sim’s, pourquoi avoir intitulé votre dernier album «Même pas peur»?

< Sim’s: «Même pas peur » était à la base le titre d’une berceuse que j’ai écrite pour ma fille. Elle est née en 2015, l’année des attentats contre Charlie Hebdo. Faire un enfant à ce moment-là était quelque chose de fou, mais c’est aussi la plus belle chose que l’on puisse faire : donner la vie. Le titre de cette chanson était donc parfait pour illustrer l’album.

> Pouvez-vous nous en dire plus? De quoi n’avez-vous pas peur?

< Je dirais qu’il s’agit surtout d’autopersuasion. Moi j’ai peur de tout, surtout depuis que je suis devenu père. Le monde, pour moi, n’a jamais été si effrayant, politiquement et socialement parlant, qu’aujourd’hui. On a peur du monde qui nous entoure, du coup, je voulais en faire un album optimiste.

> Justement, une note positive résonne tout au long de votre album. Où puisez-vous l’espoir?

< Dans la vie, il y a tellement de personnes qui veulent nous empêcher de faire ce que l’on veut. Je ne changerai pas les gens comme je le voudrais et eux ne me changeront pas non plus. Mais avec mes chansons, j’essaie de les  toucher. Dans le morceau « Fais le tri », par exemple, je m’adresse surtout aux adolescents qui ne doivent pas  abandonner leurs rêves ni se laisser démoraliser. Je les incite à passer du temps avec des personnes qui les poussent  à continuer, c’est ça qui pourra les enrichir. J’ai eu la chance d’avoir des parents et des enseignants qui ont été de vrais guides pour moi et qui m’ont toujours encouragé à écrire.

> Dans la chanson «Berin», vous retracez le parcours d’un réfugié syrien. D’où vous est venue l’inspiration?

< Je voulais une vraie histoire parce que la migration est quelque chose qui me dépasse. J’ai donc rencontré Berin,  un jeune réfugié syrien.

> Comment l’avez-vous rencontré?

< J’ai demandé à des amis, qui donnent bénévolement des cours de français aux réfugiés, de me présenter une  personne qui savait assez bien le français ou l’anglais afin qu’elle puisse me raconter son histoire. Nous avons donc  passé beaucoup de temps avec Berin. Je lui ai fait écouter mes anciens sons, la musique de la chanson que j’avais  déjà, mais surtout, nous avons retracé son itinéraire ensemble sur l’écran de mon ordinateur.

> La description de son itinéraire est ponctuée de paroles encourageantes en anglais: «we want to be free, hope will  keep on flowing and love will keep us going» (nous voulons être libres, l’espoir continuera à couler et l’amour nous  fera aller de l’avant). Pourquoi?

< Parce que la migration est le sujet principal de ce troisième millénaire. Et pour les réactions négatives que ce  thème provoque en Suisse, qui est à la base un pays d’accueil. C’était donc important pour moi d’en faire un  morceau plutôt gai avec une touche d’espoir.

> Le rap est-il un bon médium pour faire passer un message?

< Je ne sais pas. J’écris toujours en réaction à l’actualité et au quotidien sur ce qui me touche particulièrement. Je  n’écris pas pour raconter ma vie: je veux que mes chansons parlent à tout le monde. Comme je le dis dans un de mes morceaux, j’écris pour toi.