Lenin Bista a été recruté par l’armée maoïste pendant le guerre civile népalaise qui a duré de 1996 à 2006. ©DR
Lenin Bista a été recruté par l’armée maoïste pendant le guerre civile népalaise qui a duré de 1996 à 2006. ©DR

Népal Les enfant soldats népalais réclament justice

Par Emilie Mathys - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 98, août 2019
Ex-enfant soldat pour la guérilla maoïste népalaise, Lenin Bista milite aujourd’hui pour que lui et ses pairs obtiennent justice. Il a adressé en juin dernier une pétition en ce sens au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme à Genève. Rencontre.

C’est avec presque une heure d’avance sur notre rendez-vous que Lenin Bista se présente à l’entrée des bureaux genevois d’Amnesty International, ce mois de juin 2019. À peine le temps de lui serrer la main que le jeune homme de 28 ans nous tend ce pourquoi il est en visite à Genève : une pétition adressée au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits humains, qui demande justice pour les anciens enfants soldats népalais.

Violences et humiliations

Avec ses lunettes dernier cri et son large sourire, difficile d’imaginer que Lenin Bista a pu faire partie de ces milliers d’enfants recruté·e·s par la guérilla maoïste lors de la guerre civile népalaise, qui a bouleversé le pays de 1996 à 2006, opposant d’une part la monarchie et le gouvernement, et d’autre part le Parti communiste du Népal. Le jeune homme est alors âgé de 12 ans lorsqu’il croise pour la première fois le chemin de la section recrutement de l’armée maoïste. Touché par leur message (les Maoïstes s’intéressent notamment aux classes les plus pauvres de la population), Lenin les rejoint comme combattant. Il sera affecté au service des renseignements : « mon rôle était de récolter assez d’informations pour préparer le prochain combat. »

Quatre années passent, pendant lesquelles Lenin est sujet à des humiliations et des violences. Tandis que la « Guerre populaire népalaise » prend officiellement fin en novembre 2006 avec un accord de paix entre les deux parties, seules les Nations Unies offrent leur aide aux enfants soldats. « Nous avons été complètement lâchés par le gouvernement », souligne Lenin avec amertume. L’ancien combattant est envoyé dans des camps supervisés par les Nations Unies, avec pour objectif d’entrer dans l’armée nationale. Un plan avorté après que les autorités népalaises les déclarent, lui et près de 3000 autres enfants, inaptes en raison de leur statut de mineurs au moment de la signature des accords de paix.

Une réinsertion compliquée  

Lenin Bista se retrouve alors sans perspectives d’emploi. « J’ai été privé de mes droits, mais aussi de toute éducation pendant ces quatre ans, rappelle-t-il. C’est extrêmement difficile de réintégrer la société, de trouver un travail. Et ce sont plusieurs générations qui sont sacrifiées, car les anciens enfants soldats n’ayant pas de situation stable, leurs enfants se retrouvent à leur tour désavantagés. » Il évoque également certain·e·s de ses camarades qui se sont donné la mort, ne réussissant pas à trouver leur place dans la société népalaise, souffrant d’exclusion et d’un manque de reconnaissance de leur vécu.

Le jeune homme choisit par la suite de rattraper son retard et se lance dans des études à distance. Il décroche un diplôme d’études supérieures. Puis il se marie et devient papa d’un petit garçon. Mais pour ce qui est de son passé, toujours pas de réhabilitation en vue. Lenin décide alors de fonder Peace Envisioners Nepal, une organisation qui se bat pour la reconnaissance, la réparation, la sécurité des anciens enfants soldats et, surtout, leur éducation.

Un activisme qui ne plaît ni aux Maoïstes, ni au gouvernement, et qui lui a valu de se faire kidnapper dans le but de l’empêcher de faire campagne. En août 2018, le gouvernement lui a par ailleurs interdit de se rendre en Thaïlande, où le militant népalais était attendu pour participer à une conférence sur les processus de paix.

Avec cette pétition, il nourrit l’espoir que les Nations Unies prennent en compte sa requête et fassent pression sur le gouvernement népalais, afin que la justice pour les anciens enfants soldats devienne une priorité. Pour lui et ses pairs, mais aussi pour tous les autres enfants qui sont actuellement concerné·e·s (en 2016, l’Unicef estimait à 250’000 le nombre d’enfants soldats dans le monde). « C’est un problème global », tient à rappeler Lenin.

Alors que la discussion touche à sa fin, on lui demande ce qu’on peut lui souhaiter pour le futur. « Continuer d’alerter l’opinion publique sur ces questions jusqu’à ce que justice soit faite. Et une vie simple, avec des terres et un travail », répond-t-il en souriant avant de nous demander la direction pour se rendre au Salève. Un bref moment de quiétude à presque 1400 mètres avant de continuer sa route direction Paris. L’activisme ne dort jamais.