Portrait Un engagement de proximité

Par Emilie Mathys - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 98, août 2019
«La Suisse est un pays riche, fier de ses valeurs, et qui permet à des entreprises ayant leur siège sur notre territoire de commettre des crimes à l’étranger. C’est révoltant !», s’insurge Silvia Maspoli Genetelli. Assister à une actualité régulièrement entachée par des violations des droits humains, dont les entreprises responsables portent le nom de Syngenta, Glencore, Credit Suisse ou Valcambi, toutes basées en Suisse, «bouleverse» cette Tessinoise d’origine. Elle est depuis quelques mois à la tête du comité local de Marly en faveur de l’initiative « Pour des multinationales responsables », qui veut ancrer dans la Constitution l’obligation pour les entreprises de respecter les droits humains et l’environnement.

Alors que la votation est prévue pour février 2020, à moins que le Conseil des États accepte le contre-projet indirect formulé par le Conseil national, les comités régionaux sont déjà entrés en précampagne. « Il est primordial d’anticiper et de sensibiliser la population avant que les lobbies ne débarquent avec leurs millions », rappelle la militante. « Nous n’avons pas d’argent, certes, mais nous avons du temps. »

Du temps, et aussi de l’énergie. Aller à la rencontre des citoyen·ne·s, faire valoir ses arguments et, éventuellement, rencontrer des réticences, demande une bonne dose de motivation. « Il n’y a aucune obligation à descendre sur la place publique, précise toutefois la quadragénaire, on peut déjà en parler à son entourage. » Elle évoque en passant sa coiffeuse qui a gentiment prêté son salon pour les séances du comité, actuellement composé d’une dizaine de membres engagé·e·s, convaincu·e·s de la nécessité de cette initiative.

« La force de ce texte est qu’il mêle droits humains et environnement. Tout est lié, on ne peut pas séparer l’Humain et le reste du vivant », s’enthousiasme Silvia Maspoli Genetelli. Lorsqu’elle a 11 ans, son frère aîné lui parle pour la première fois du réchauffement climatique et de la fonte des glaces, « j’en ai encore les larmes aux yeux ». Elle en tirera une très grande sensibilité pour la cause environnementale : elle fait partie du WWF, de Pro Natura, et a exercé dix ans au sein de l’Association transports et environnement. Aujourd’hui, côté professionnel, cette maman de trois filles et docteure en philosophie œuvre pour les générations futures par le prisme de l’éducation. Elle anime depuis bientôt quinze ans des ateliers de philosophie destinés aux enfants, avec pour objectif de « créer des moments de démocratie et de citoyenneté, et d’apprendre aux plus jeunes à réfléchir par eux-mêmes aux conséquences de leurs actes ». Car, comme le souligne la militante, « faire preuve d’un esprit critique c’est dire non à la manipulation ». Une méthode dont les lobbies pourraient, craint-elle, se servir via des publicités trompeuses, créant ainsi un sentiment de peur en brandissant le spectre d’un excès de régulation et de multinationales abandonnant la Suisse si l’initiative devait être acceptée.

Bref, la campagne s’annonce ardue et pourrait relever du « David contre Goliath ». Comment ne pas se sentir découragé·e ? « Créer ce comité local m’a fait du bien au niveau personnel. Pour moi le lien social est essentiel, confie Silvia Maspoli Genetelli. On a besoin de savoir que l’on n’est pas seul·e face à ces géants. » « Je voulais mettre ma frustration dans quelque chose de positif au lieu de désespérer dans mon coin », poursuit-elle. Et, côté familial, la relève semble assurée. « Dernièrement, ma fille aînée faisait du shopping avec une amie qui avait repéré un t-shirt à 7 francs. Elle lui a tout de suite fait remarquer que quelqu’un avait sans doute souffert pour le produire », raconte fièrement cette maman, qui a à cœur de sensibiliser ses enfants par la discussion et la réflexion mais aussi, parfois, par la concession.