Mathias Reynard, 32 ans, dont la moitié passés en politique sous les couleurs socialistes. © DR
Mathias Reynard, 32 ans, dont la moitié passés en politique sous les couleurs socialistes. © DR

Mathias Reynard Porteur de voix

Par Emilie Mathys - Article paru dans le magazine AMNESTY n° 99, décembre 2019
Rendez-vous est donné à Sion, un matin d’août, au café La Cabine. L’un de ces espaces hybrides comme on en fait aujourd’hui et qui, outre un bar, comprend une boutique et des places de coworking. Moderne et dynamique, à l’image de l’enfant de la région, le socialiste Mathias Reynard, qui nous rejoint casque de vélo à la main avec un brin de retard.

Même s’il a la mine de celui qui revient de vacances, la période n’est pas de tout repos pour le trentenaire. À l’approche des élections fédérales, campagne oblige, les heures de sommeil se font rares. Sans compter que le candidat au Conseil national et aux Conseil des États est également professeur de français et d’histoire au cycle d’orientation de Savièse. L’un des rares milicien·ne·s siégeant au Parlement, comme il tient à le rappeler.

« J’adore mon travail, mais c’est comme pour la politique : je ne pourrais pas faire que ça. Aujourd’hui ma vie est équilibrée. C’est essentiel pour garder les pieds sur terres, se connecter à la réalité.»

« J’adore mon travail, mais c’est comme pour la politique : je ne pourrais pas faire que ça. Aujourd’hui ma vie est équilibrée », explique Mathias Reynard. « C’est essentiel pour garder les pieds sur terres, se connecter à la réalité. Retrouver mes élèves après trois semaines de session politique à Berne est une bouffée d’air frais ! », ajoute-t-il Des étudiant·e·s avec lesquel·le·s il aborde les thèmes qui lui tiennent à cœur et l’ont fait connaître du public : l’égalité entre genres, la lutte contre l’homophobie et la transphobie, ou encore la justice climatique et le congé paternité. « J’essaye de faire en sorte que mes élèves développent un esprit critique. C’est aussi le rôle de l’École que de former de futurs citoyens », souligne le socialiste, qui observe une « conscience accrue » des jeunes pour les enjeux de société par rapport à ses débuts dans l’enseignement, il y a bientôt 10 ans. En témoignent notamment l’extraordinaire mobilisation pour les grèves climatiques et celle du 14 juin dernier, lors de la Grève des femmes. Une vent d’optimisme a soufflé sur notre société selon le Saviésan qui s’est lui, très tôt lancé dans l’arène politique. « J’ai passé la moitié de ma vie dans le militantisme ! ». Il rejoint en effet les Jeunes Socialistes à 15 ans, puis les Socialistes valaisans à 16 ans. « Depuis toujours, l’injustice me rend fou. Aujourd’hui encore, elle est le moteur de mon action », insiste-t-il. « Je n’ai pas grandi dans un milieu engagé politiquement. Mais une bonne partie de ma famille travaillant dans le bâtiment, j’ai depuis petit été sensibilisé aux conditions de travail dans ce domaine, et à la souffrance qui en découle. Nous étions davantage dans un discours de classe que militant », observe Mathias Reynard, qui est aussi président depuis 2013 de l’Union syndicale valaisanne. Le goût du débat, il l’acquerra au contact d’un camarade de classe, catholique intégriste aux idées conservatrices : « grâce à lui j’ai réalisé que si on ne s’engageait pas, d’autre feraient entendre leurs voix. »  

« En tant qu’homme blanc et hétéro, n’étant pas sujet à des discriminations, c’est aussi plus simple de se faire entendre. »

À ce jour, le Valaisan a déposé plus de 200 interventions, ce qui en fait l’un des politicien·ne·s les plus proactifs de la Berne fédérale. La majorité de ses interventions déposées à Berne font du reste suite à des lettres d’anonymes. « Le rôle d’un parlementaire est de porter la voix des gens. C’est grâce à eux que je garde ma motivation », insiste-t-il. « En tant qu’homme blanc et hétéro, n’étant pas sujet à des discriminations, c’est aussi plus simple de se faire entendre », concède le socialiste. « J’utilise ce privilège pour porter des causes ». Celui qui croit fermement en la complémentarité du civile et du politique verra son initiative pour condamner l’homophobie, lancée en 2013, enfin votée en février 2020. Une belle surprise, il est rare qu’une initiative aboutisse à un projet concret de loi. « Si je n’avais pas envie de changer le monde, je ne ferais pas de politique », sourit le trentenaire.