Des milliers de réfugiés et de migrants arrivent encore chaque mois à la Grande Canarie. ©Jojo Schulmeister
Des milliers de réfugiés et de migrants arrivent encore chaque mois à la Grande Canarie. ©Jojo Schulmeister

Migrations De nouvelles routes vers l’Europe

Par Sebastian Sele (Texte) et Jojo Schulmeister (photos) - Article paru dans le magazine AMNESTY n°104, mars 2021
Si les îles Canaries ont nourri la nostalgie des Européen·ne·s privé·e·s de déplacement en 2020, de plus en plus de migrant·e·s ·et de réfugié·e·s ont cherché à rejoindre ses côtes depuis l’Afrique. Ces personnes tentent ce périlleux voyage pour échapper à l’absence de perspectives d’avenir sur le continent. Leurs chances d’obtenir l’asile sont pourtant extrêmement faibles.

En Afrique, les effets de la pandémie n’ont fait qu’accroître l’urgence du départ chez les personnes déterminées à l’exil. En 2020, près de 23 000 migrant·e·s ont tenté la traversée des côtes africaines vers l’archipel des Canaries. L’année précédente, ils étaient 2700. Partant du Maroc, de la Mauritanie et du Sénégal, ils empruntent une route migratoire qui passe pour l’une des plus dangereuses au monde. Dans ce secteur de l’Atlantique, les vagues peuvent dépasser les cinq mètres de hauteur. Il s’agit en majorité de jeunes hommes qui parcourent jusqu’à 1500 kilomètres en haute mer. On estime que plus de 1800 d’entre eux ont trouvé la mort en 2020.

Le gouvernement espagnol refuse d’accueillir en Europe continentale les migrant·e·s qui débarquent aux Canaries, pour ne pas donner de « signal erroné » aux milliers de personnes qui attendent de traverser au Maroc et au Sénégal. Leurs chances d’obtenir l’asile sont maigres.

Les migrant·e·s ont dû provisoirement s’entasser sur une jetée du port d’Arguineguín, désormais connue comme la « jetée de la honte ». On les a fait attendre sous un soleil de plomb sans leur donner accès à une procédure d’asile équitable ou une assistance juridique. Le lieu serait infesté de rats et plusieurs personnes ont été testées positives au coronavirus.

« Nous ne laisserons pas les Canaries devenir une nouvelle Lesbos », a réagi le ministre espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska. Les migrant·e·s ont par la suite été logé·e·s dans des hôtels désertés par les touristes, au grand dam de certain·e·s riverain·e·s. « Les hôtels ne sont pas des centres d’accueil » pouvait-on lire sur une banderole. D’autres ont manifesté pour les droits des migrant·e·s.

Entretemps, les migrant·e·s ont été tranféré·e·s dans des camps militaires reconvertis. Les autorités n’ont cependant pas atteint leur objectif d’évacuer les hôtels avant la fin de l’année.