© Illustration : André Gottschalk
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Inde : minorités en ligne de mire Un long chemin

Par Lea De Gregorio. Article paru dans le magazine AMNESTY n°106, juillet 2021
Manasi Pradhan a grandi dans l’Inde rurale et a dû se battre pour pouvoir faire les études que son milieu réservait aux hommes. Aujourd’hui, elle aide d’autres jeunes filles à y parvenir et s’engage contre les violences sexuelles.

Quand elle était petite, Manasi Pradhan devait marcher quinze kilomètres pour se rendre à l’école. Le parcours n’était pas sans danger. « Je devais traverser une rivière », se souvient-elle. Manasi n’avait pas de chaussures et allait pieds nus à travers la forêt. Aujourd’hui âgée de 58 ans, elle a grandi dans un village près de Banapur dans l’État fédéral d’Odisha, où les infrastructures étaient peu développées et où il n’y avait presque aucune route goudronnée. « Dans les régions rurales, les femmes sont rarement éduquées et travaillent pour la plupart au sein du foyer », dit Manasi.

«Une formation est essentielle pour connaître ses droits et être indépendante»Manasi Pradhan

Pour la plupart d’entre elles, l’école s’arrête à la cinquième année ou plus tôt encore. Manasi a décidé d’encourager les jeunes filles à poursuivre leur scolarité et à faire des études. « Une formation est essentielle pour connaître ses droits et être indépendante », dit-elle. En 1987, elle a fondé l’organisation OYSS Women, qui sensibilise à cette question et soutient les femmes durant leur cursus.

Manasi a étudié la littérature, l’économie et le droit. Elle publie des poèmes. Elle a autrefois travaillé dans une banque. Son père était alors déjà très âgé et sa mère malade du cancer. « J’avais le devoir d’être là pour ma famille. » Grâce à sa formation, elle a pu les nourrir tous. Mais la formation n’est pas le seul objectif pour lequel Manasi s’engage : « Je me bats pour une société dans laquelle les femmes sont respectées. » Avec son organisation, elle milite aussi contre les violences sexuelles. Plusieurs structures offrent protection et assistance aux victimes. Celles-ci sont souvent rejetées par leurs familles : dans bien des cas, on les accuse d’être elles-mêmes responsables des crimes perpétrés à leur encontre.

Manasi continue à se mobiliser, en particulier pour les femmes des campagnes. Il est plus facile pour les habitantes des villes de mener une existence indépendante ; les régions rurales, quant à elles, vivent une autre réalité.

Les manifestations qui ont éclaté à la suite d’un viol de masse survenu à New Delhi, il y a neuf ans, ont renforcé son engagement. Cet événement tragique a eu un retentissement dans le monde entier. En 2014, Manasi a fondé Nirbhaya Vahini, qui regroupe 10 000 bénévoles militant pour faire cesser les violences à l’égard des femmes. En 2009 déjà, elle avait lancé un mouvement dans tout le pays qui, par la suite, a donné naissance à Nirbhaya Vahini.

La militante féministe a été plusieurs fois récompensée pour son engagement. Basée à New Delhi, son organisation OYSS Women a des antennes dans plusieurs régions d’Inde. Manasi continue à se mobiliser, en particulier pour les femmes des campagnes. Il est plus facile pour les habitantes des villes de mener une existence indépendante ; les régions rurales, quant à elles, vivent une autre réalité. Pourtant, les choses changent, lentement : « Deux femmes de mon village ont obtenu un diplôme universitaire », raconte Manasi. « J’en suis très heureuse. Même si c’est encore trop peu. »

Manasi parle d’un long chemin à parcourir. Néanmoins, sa trajectoire montre que c’est possible. « Nous pouvons y arriver », dit-elle d’une voix vibrante de conviction. « Il est important de ne jamais perdre espoir et de rester fortes. » Des mots qui s’adressent à toutes les femmes, en Inde et dans le monde entier.

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