En marge du G20 qui s’est tenu à Rome, la Section italienne d’Amnesty a dénoncé une politique vaccinale basée sur le profit. © Amnesty Italie
En marge du G20 qui s’est tenu à Rome, la Section italienne d’Amnesty a dénoncé une politique vaccinale basée sur le profit. © Amnesty Italie

MAGAZINE AMNESTY COVID-19 : La santé avant le profit!

Par Danièle Gosteli Hauser, Responsable Économie et droits humains. Opinion parue dans le magazine AMNESTY n°107, décembre 2021
Alors que la pandémie de COVID-19 continue à faire des ravages, des milliards de personnes dans les pays à faible revenu n’ont toujours pas accès à la vaccination. Les États, tout comme les entreprises pharmaceutiques, continuent de manquer à leurs obligations en matière de droits humains.

Le constat d’Amnesty International dans son dernier rapport est alarmant. À défaut de se montrer solidaires pour enrayer la pandémie de COVID-19, quelques pays riches, de concert avec les grands groupes pharmaceutiques producteurs de vaccins, ont fait passer les profits avant les vies humaines.  Les chiffres sont éloquents : dans les pays à faible revenu, moins de 1 % de la population est entièrement vaccinée, alors que ce chiffre s’élève à 55 % dans les pays riches. Ceux-ci ont accaparé les doses de vaccins en les achetant au prix fort : ils ont acquis 79 % des vaccins, alors que seulement 0,3 % des doses ont été distribuées aux pays à faible revenu.

Grâce à cette acquisition massive, plusieurs pays d’Europe, les États-Unis et quelques autres États riches ont pu sortir de leur confinement et profiter des vacances d’été 2021, tandis que de nombreuses régions d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ont dû faire face à des flambées du virus qui ont mis à mal un système de santé déjà fragile. Pendant que certain·e·s profitaient d’une liberté retrouvée, d’autres enterraient leurs mort·e·s par dizaines de milliers.

Les États n’ont pas pris les mesures nécessaires pour que des doses de bonne qualité soient disponibles, accessibles et abordables pour tout le monde sans discrimination, conformément à leurs obligations internationales en matière de droits humains. De même, les six plus grandes entreprises pharmaceutiques productrices de vaccins – BioNTech SE, Moderna Inc., AstraZeneca PLC, Johnson & Johnson, Pfizer Inc. et Novavax Inc. – ont manqué, à des degrés divers, à leurs responsabilités en matière de droits humains : elles ont intentionnellement bloqué les transferts de technologies en s’opposant à la levée temporaire des droits de propriété intellectuelle, créant ainsi une pénurie dévastatrice dans de nombreux pays du monde. Elles ont clairement fait passer les profits avant les vies humaines : à elles seules, les trois entreprises Pfizer, BioNTech et Moderna s’apprêtent à engranger près de 130 milliards de dollars d’ici à fin 2022.

Le temps presse ! Pour sortir de la crise et éviter que de nouveaux variants du virus ne se développent dans les pays où le taux de vaccination est très faible, nous devons mettre fin à ces inégalités honteuses. Le 22 septembre, Amnesty International a lancé une action intitulée Cent jours pour rattraper le retard. Il s’agit d’atteindre l’objectif fixé en juillet dernier par la Task Force de l’OMS, l’OMC, le FMI et la Banque mondiale : vacciner 40 % de la population mondiale d’ici fin 2021. Un but réalisable si deux milliards de doses de vaccins sont redistribuées au plus vite aux pays qui en ont le plus besoin. Il est par ailleurs impératif de garantir un partage du savoir-faire et des technologies nécessaires à la fabrication des vaccins. Il faut agir sans tarder : il est encore temps de sauver