©CARL DE SOUZA/AFP/Getty Images
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MAGAZINE AMNESTY Peuples autochtones – Résister pour exister Édito

Par Jean-Marie Banderet. Article paru dans le magazine AMNESTY n°110, août 2022.
Dans de nombreux pays, des peuples ne se considèrent pas «que» comme des citoyen·ne·x·s, mais revendiquent une appartenance à une culture, des traditions ou des terres ancestrales. Les autochtones peuvent s'appuyer sur un cadre légal pour faire valoir leurs droits.

Sur les cinq continents, des groupes de populations ne rentrent pas dans le moule de la société dominante du pays dans lequel ils vivent. Qu’ils soient appelés peuples «premiers», «indigènes» ou «autochtones», ils ont ceci en commun que leur mode de vie, leur culture, leur langue parfois, diffèrent de ceux de la majorité de leurs concitoyen·ne·x·s. Ils ont aussi en commun une longue histoire d’oppression marquée par la conquête, l’occupation de leurs terres ancestrales ou la colonisation. Des États ont tenté de les assimiler, de les réduire au silence en niant leurs droits, quand ce n’est pas simplement de les éliminer.

Depuis 2007, les peuples autochtones peuvent enfin s’appuyer sur un texte qui reconnaît leur droit à  l’autodétermination. Une reconnaissance –certes tardive– des années de lutte qu’ils ont menées. Mais la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones ne suffit pas toujours : le parapluie offert par le droit international se révèle souvent trop faible pour contrer les politiques discriminatoires de certains États. Les premiers à  faire les frais de cette discrimination sont les couches les plus fragiles de ces populations, comme les enfants aborigènes, surreprésenté·e·x·s dans le système carcéral australien. Ou les descendantes de la communauté inca au Pérou, stérilisées de force, dans une volonté à peine déguisée de rayer leur existence de la carte du monde.

Pourtant, les peuples autochtones n’abandonnent pas : en Colombie, les Wayúu tiennent tête à l’entreprise suisse  Glencore, au Pérou, les femmes amérindiennes se battent pour obtenir des excuses publiques du président Fujimori, et  au Canada, les Mi’kmaq manifestent contre les abus de l’Église commis dans les pensionnats.