© Lea Berndorfer
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MAGAZINE AMNESTY Aimer malgré tout Édito

Par Jean-Marie Banderet. Article paru dans le magazine AMNESTY n°111, décembre 2022.
Chaste ou charnel, brûlant ou discret, libre ou contrarié, conjugal, filial… l’amour peut revêtir mille et unes formes. Mais c’est avant tout un sentiment qui relève de la sphère intime. Il est indissociable de notre condition humaine. Il est fondamental.

« Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer, Et la Terre peut bien s’écrouler, Peu m’importe si tu m’aimes, Je me fous du monde entier », chantait Édith Piaf en 1950. Mais est-il toujours possible de se foutre d’un monde dans lequel des
hommes, des femmes et des enfants meurent sous les balles de la police en Iran ? Ou lorsque le deuil d’un père, d’un fils tombé sur le champ de bataille en Ukraine fait s’effondrer le ciel sur votre tête ?

Chaste ou charnel, brûlant ou discret, libre ou contrarié, conjugal, filial… l’amour peut revêtir mille et unes formes. Mais c’est avant tout un sentiment qui relève de la sphère intime. Il est indissociable de notre condition humaine. Il est fondamental.

Notre dossier, préparé par les rédactions d’Amnesty Suisse, Allemagne et Autriche, illustre les cas où cette intimité est bouleversée, parfois niée. Par les préjugés, le regard des gens sur un couple formé d’une personne en chaise roulante et d’une autre « valide ». Par la proximité suffocante dans les camps de réfugié·e·x·s aux portes de l’Europe. Ou parce que l’engagement pour les droits des femmes d’une mère iranienne l’a menée en prison et séparée de sa fille.

Aimer, être aimé·e·x, est un acte naturel, personnel. Ce n’est que parce que des normes sociales, des lois ou des conflits s’en mêlent que certains amours deviennent des enjeux. Et que des personnes doivent lutter pour pouvoir vivre leur amour, doivent se battre pour faire respecter leurs droits humains. Gare à qui se mettrait en travers de cette lutte, car Édith Piaf nous prévient : « J’irais décrocher la Lune, J’irais voler la fortune […] Je renierais ma patrie, Je renierais mes amis […] Je ferais n’importe quoi. »