Un migrant en attente de passer la frontière entre la Grèce et la Macédoine. © ROBERT ATANASOVSKI/AFP/Getty Images
Un migrant en attente de passer la frontière entre la Grèce et la Macédoine. © ROBERT ATANASOVSKI/AFP/Getty Images

Enquête mondiale sur l’acceptation des réfugiés Les populations plus généreuses que les politiques

Une enquête mondiale commandée par Amnesty International révèle qu'une grande majorité de personnes (80 %) accueilleraient les réfugiés à bras ouverts – beaucoup seraient même prêtes à les prendre chez elles.
27'000 personnes interrogées

Le nouvel indice d'acceptation des réfugié·e·s classe 27 pays de tous les continents en fonction de la proportion de leurs habitants qui seraient prêts à laisser des réfugié·e·s s'installer dans leur pays, dans leur ville, dans leur quartier ou chez eux. Pour l'établir, le cabinet de conseil en stratégie de renommée internationale GlobeScan a réalisé un sondage mondial auprès de plus de 27 000 personnes. Ce sondage révèle que les gens sont prêts à faire énormément d'efforts pour accueillir les réfugié·e·s. Il montre aussi que les discours politiques antiréfugiés sont loin d'être en phase avec l'opinion publique. «Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Les gens sont prêts à accueillir les réfugié·e·s, mais les gouvernements apportent à la crise des réponses inhumaines totalement coupées de la réalité de leurs opinions publiques», a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International.

«la grande majorité des gens sont disposés à accueillir des réfugiés dans leur pays.» Salil Shetty, secrétaire général d'Amnesty International.

«L'indice d'acceptation des réfugié·e·s révèle au grand jour le caractère honteux des politiques à court terme des gouvernements face à des gens qui fuient la guerre et la répression. Les gouvernements doivent tenir compte de ces résultats, qui montrent clairement que la grande majorité des gens sont disposés à accueillir des réfugié·e·s dans leur pays et désireux de le faire. «La réponse des gouvernements à la crise des réfugiés ne doit pas être dictée par les grands titres des journaux. Trop souvent, les responsables politiques tiennent des discours xénophobes contre les réfugié·e·s pour tenter de gagner en popularité. Cette enquête montre qu'ils n'écoutent pas la majorité silencieuse accueillante, qui prend à cœur la crise des réfugié·e·s.»

Pays en tête du classement

La Chine, l'Allemagne et le Royaume-Uni sont en tête du premier classement jamais réalisé en matière d'acceptation des réfugiés
C'est la Chine qui a l'indice d'acceptation des réfugié·e·s le plus élevé, suivie de l'Allemagne et du Royaume-Uni. Les pays les moins bien classés sont la Russie, l'Indonésie et la Thaïlande.
Presque la moitié des personnes interrogées en Chine (46 %) ont affirmé qu'elles seraient prêtes à accueillir des réfugié·e·s chez elles.
Plus de la moitié des personnes interrogées en Allemagne (57 %) se sont déclarées prêtes à accueillir des réfugié·e·s dans leur quartier, et une sur 10 à son domicile. La quasi-totalité des Allemands (96 %) ont dit qu'ils accepteraient des réfugié·e·s dans leur pays, contre seulement 3 % qui leur refuseraient l'entrée.

Le Royaume-Uni arrive au deuxième rang en ce qui concerne la proportion d'habitants prêts à accueillir des réfugié·e·s chez eux (29 %). Par ailleurs, 47 % accepteraient de les accueillir dans leur quartier. Une grande majorité d'entre eux (87 %) laisseraient les réfugié·e·s entrer au Royaume-Uni.

Dans un certain nombre de pays qui ont déjà accueilli de nombreux réfugié·e·s, le degré d'acceptation ne semble pas être en baisse. Ainsi, la Grèce et la Jordanie figurent, au même titre que l'Allemagne, parmi les 10 premiers du classement.

Un indice mesure pour la première fois le degré d'acceptation des réfugiés

Pour déterminer l'indice d'acceptation des réfugié·e·s, on a demandé à 27 000 personnes dans 27 pays jusqu'où elles seraient prêtes à aller dans l'accueil des réfugié·e·s, sur une échelle progressive : chez elles, dans leur quartier, dans leur ville ou village, et dans leur pays – ou si elles refuseraient totalement leur entrée sur le territoire.

Les résultats montrent que les gens sont prêts à faire beaucoup d'efforts pour accueillir les réfugié·e·s :

  • À l'échelle mondiale, une personne sur 10 serait prête à prendre des réfugié·e·s chez elle – la proportion atteint 46 % en Chine, 29 % au Royaume-Uni et 20 % en Grèce, mais n'est que de 1 % en Russie et 3 % en Pologne.
  • Sur l'ensemble des pays, 32 % des personnes interrogées se sont déclarées prêtes à accueillir des réfugié·e·s dans leur quartier, 47 % dans leur commune et 80 % dans leur pays.
  • Dans 20 pays sur 27, plus de 75 % des personnes interrogées ont dit être disposées à laisser les réfugié·e·s entrer dans leur pays.
  • À l'échelle mondiale, seulement 17 % ont déclaré qu'elles leur refuseraient l'entrée. La Russie est le seul pays où plus d'un tiers des personnes interrogées (61 %) ont affirmé vouloir refuser l'entrée aux réfugié·e·s.
Les opinions publiques favorables au droit d'asile

Le sondage qui a servi à établir l'indice comprenait aussi deux autres questions sur le droit d'asile et les politiques actuelles concernant les réfugié·e·s.

Le droit d'asile :

  • 73 % des personnes interrogées étaient d'accord avec l'affirmation selon laquelle les personnes fuyant une guerre ou des persécutions devaient pouvoir trouver refuge dans d'autres pays.
  • Les Espagnols, les Allemands et les Grecs se sont montrés particulièrement favorables au droit d'asile, avec respectivement 78 %, 69 % et 64 % de personnes se déclarant «tout à fait d'accord» avec cette affirmation.

Les gouvernements n'aident pas assez les réfugiés :

  • 66 % des personnes interrogées ont affirmé que leur gouvernement devrait en faire plus pour aider les réfugié·e·s.
  • Dans plusieurs pays qui sont au cœur de la crise des réfugié·e·s, trois quarts ou plus des personnes voudraient que leur gouvernement en fasse encore plus, par exemple en Allemagne (76 %), en Grèce (74 %) et en Jordanie (84 %).
  • Les pays où la proportion de gens favorables à une action renforcée du gouvernement est la plus faible sont la Russie (26 %), la Thaïlande (29 %) et l'Inde (41 %).

«Nous ne nous attendions pas à des niveaux de solidarité si élevés avec les réfugié·e·s, mais ces résultats sont révélateurs de la compassion mobilisatrice que ressentent les gens pour ceux qui fuient la guerre. Ils veulent faire tout ce qu'ils peuvent pour les aider, et non leur tourner le dos. Les responsables politiques feraient bien de s'en inspirer», a déclaré Salil Shetty. «Les opinions publiques semblent bien plus attachées aux principes inscrits dans le droit international que la plupart de leurs gouvernements, qui renient ou ignorent de plus en plus les engagements en vigueur depuis 65 ans.»

Complément d’information : les enjeux du Sommet mondial sur l'action humanitaire

Pour remédier à la crise mondiale des réfugié·e·s, Amnesty International appelle les gouvernements à réinstaller 1,2 million de réfugié·e·s d'ici à la fin de 2017. C'est beaucoup plus que les 100 000 places offertes chaque année par les gouvernements, mais cela représente moins d'un dixième des 19,5 millions de réfugié·e·s que compte aujourd'hui la planète.

Amnesty International demande aussi aux gouvernements, lors du Sommet mondial sur l'action humanitaire qui se tiendra à Istanbul les 23 et 24 mai 2016, de s'engager à mettre en place un nouveau système permanent de partage de la responsabilité d'accueillir et d'aider les réfugié·e·s. Ce pacte mondial sur le partage des responsabilités concernant les réfugié·e·s, déjà proposé par les Nations unies le 9 mai, serait ensuite adopté par les dirigeants mondiaux lors d'une réunion de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations unies le 19 septembre. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a convoqué ces deux sommets pour tenter de résoudre la pire crise humanitaire et relative aux réfugiés que le monde ait connue depuis 70 ans.

Lors du Sommet mondial sur l'action humanitaire, les gouvernements doivent aussi remédier au déficit de 15 milliards de dollars dans le financement de l'aide humanitaire annoncé par l'ONU début 2016, en augmentant leurs contributions destinées à aider à la fois les réfugié·e·s et les pays qui les accueillent en grand nombre.

«Les responsables politiques doivent cesser de céder à tentation de l'intolérance et de la division, et écouter leurs concitoyens, qui sont désireux d'aider leurs prochains. Ils doivent remédier au déséquilibre honteux qui voit les pays pauvres accueillir 86 % des réfugié·e·s de la planète, tandis que les pays riches manquent à leurs obligations.»