«Nous sommes fières d'avoir pu vous transmettre un morceau de notre histoire»: Raneem Ma’touq et Amal Nasr à Berne. © Amnesty International, Lise Cordey
«Nous sommes fières d'avoir pu vous transmettre un morceau de notre histoire»: Raneem Ma’touq et Amal Nasr à Berne. © Amnesty International, Lise Cordey

Retour sur le Speakers Tour Syrie Plus de 1350 personnes ont entendu le témoignage de Raneem Ma'touq et Amal Nasr

18 mars 2016
Amal Nasr et Raneem Ma’touq, deux militantes syriennes, ont témoigné dans plusieurs villes de Suisse du 7 au 12 mars. Devant plus de 1350 personnes, elles sont revenues sur les causes de l’exil de millions de Syrien·ne·s et ont raconté leurs combats pour les droits humains.

Plus de 250'000 mort·e·s, des milliers de personnes torturées, plus de quatre millions de réfugié·e·s contraint·e·s de prendre la fuite et 6,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Le conflit syrien a créé la plus grande crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Si l’on entend quotidiennement parler de la Syrie dans les médias, la parole est rarement donnée aux personnes directement concernées: la population syrienne. Cinq ans après le début de la révolution volée en Syrie et à l’occasion de la Journée internationale des femmes, Amnesty International a invité deux militantes syriennes, Raneem Ma’touq et Amal Nasr, qui ont toutes deux connu les geôles syriennes pour leur engagement militant et ont ensuite dû quitter leur pays. Que ce soit à Lausanne, Bâle, Berne, Zurich, Fribourg ou Genève, les salles étaient à chaque fois combles. Plus de 1350 personnes au total sont venues écouter attentivement le témoignage aussi poignant qu’authentique de Raneem Ma’touq et Amal Nasr.

Des militantes pacifiques jetées en prison

Raneem Ma’touq, jeune étudiante en art, a contribué à l’organisation de manifestations pacifiques en Syrie. Elle a également mené différents projets avec des enfants privés d’école à cause du conflit armé. Pour cet engagement militant, elle a été emprisonnée de février à juin 2014. Dans les geôles syriennes, elle a rencontré plus de 800 autres femmes âgées de 13 à 86 ans, incarcérées suite à leur propre engagement pacifique ou celui de membres de leur famille. Une fois libérée, Raneem Ma’touq a été mise sous une telle pression par les forces de sécurité qu’elle a dû penser à quitter le pays. Une décision particulièrement difficile puisque son père, Khalil Ma’touq, célèbre avocat défenseur des droits humains, était aux mains du régime: «Nous voulions attendre que mon père soit relâché avant de quitter la Syrie. Mais quand ma famille a été trop en danger, je suis sortie du pays», raconte Raneem Ma’touq. Elle a gagné le Liban puis, rejointe par son frère et sa mère, elle a trouvé refuge en Allemagne, où elle vit désormais depuis un peu plus d’un an. Elle n’a toujours aucune nouvelle de son père, kidnappé en 2013.

Témoignage de Raneem Ma’touq

Trois membres de la famille dans trois pays différents

Amal Nasr, une militante féministe, s’engage depuis les années 1990 pour les droits des femmes en Syrie. Elle a notamment formé et soutenu des femmes pour leur permettre de revendiquer leurs droits à la dignité et à la justice. Elle aussi a été jetée en prison pendant plusieurs mois pour son engagement, où elle a d’ailleurs connu Raneem Ma’touq. Toutes deux ont été témoins de conditions insoutenables dans le centre de détention, où les cadavres se comptaient par milliers. Une fois libérée, elle et son mari, qui a lui aussi connu la prison, ont décidé de quitter la Syrie pour préserver leur fille unique. Amal Nasr a trouvé refuge en Suisse. Son époux en République Tchèque. Grâce notamment à l’engagement d’Amnesty, il a récemment pu rejoindre la Suisse. Leur fille, par contre, n’a pas pu sortir de Syrie. «Mon rêve ? Que l’on retrouve notre fille à Damas et que ma famille se reforme», souffle Amal Nasr.

L’espoir, encore et toujours

Les deux femmes ont eu à cœur d’expliquer les causes de l’exil de millions de Syrien·ne·s. «Nous sommes fières d’avoir pu vous transmettre un morceau de notre histoire. C’est dur, certes, mais je vais mieux depuis que je vous vois ici, si nombreux», a déclaré Raneem Ma’touq.

Lors de leurs apparitions publics, elles ont demandé d’exercer une pression sur les gouvernements pour faire avancer les négociations de paix. Toutes deux espèrent pouvoir rentrer au pays, et ce dès que la guerre aura cessé.

Malgré les conséquences dramatiques de la guerre sur la population syrienne, les deux femmes gardent l'espoir d’une résolution pacifique du conflit: «Quand je vois que, dès le cessez-le-feu, le peuple syrien a retrouvé le chemin de la rue pour manifester pacifiquement, alors oui, j’ai espoir», a commenté avec le sourire Amal Nasr, dont le nom ne signifie rien d’autre qu’«espoir de la victoire».