© Giles Clarke / Getty Images Reportage
© Giles Clarke / Getty Images Reportage

Macédoine Le sort incertain des réfugiés sur la route des Balkans

Londres/Berne, 24 août 2015
Des murs de barbelés, des coups de matraque, des agents antiémeutes : voilà l’accueil que la Macédoine réserve aux réfugiés. Ces derniers jours, des centaines de personnes ont pu franchir la frontière. Mais leur sort, comme celui des personnes à venir, reste incertain.

Des milliers de personnes, principalement des réfugiés et des demandeurs d’asile syriens, afghans et irakiens, ont été prises au piège et risquaient d’être brutalisées après la fermeture de la frontière greco-macédonienne le 20 août. Pendant les deux jours précédents, des soldats macédoniens ont empêché au moins 1 000 personnes y compris des familles et de nombreux jeunes enfants qui étaient présentes dans la zone d’Eidomeni, du côté grec de la frontière, de franchir la frontière.

Selon plusieurs témoins sur place qui ont parlé avec les chercheurs d’Amnesty International, les membres d’une unité de police antiterroriste déployée à la frontière ont procédé à des passages à tabac, utilisé des agents antiémeutes et même tiré en l’air afin d’empêcher des personnes de franchir la frontière macédonienne. Des clôtures de barbelés ont par ailleurs été érigées le long de la frontière. Une organisation non gouvernementale (ONG) locale a confirmé le recours à des balles en caoutchouc. Des groupes d’une dizaine de soldats macédoniens en uniforme étaient postés à peu près tous les 50 mètres le long de la frontière.

Certains médias ont diffusé des compte-rendus et des vidéos indiquant que des policiers macédoniens ont utilisé des agents antiémeute et des matraques contre des personnes qui ne semblaient représenter aucune menace. Le ministère de l’Intérieur a émis une déclaration précisant que des grenades neutralisantes avaient été employées.

Chaque pays est habilité à patrouiller le long de ses propres frontières, mais ce type de réponse constitue une forme de refoulement inacceptable et contraire au droit international. Tout pays a le devoir de protéger ceux qui fuient les conflits et la persécution, et la Macédoine ne fait pas exception à la règle. Quand le système ne peut faire face, on l’améliore, on n’empêche pas les gens d’entrer.

Un calme précaire

Pour l’heure, presque toutes les personnes bloquées à la frontière grecque depuis jeudi ont pu se rendre en toute sécurité en Macédoine, ce qui a temporairement apaisé la situation tendue de ces derniers jours.

Selon certaines informations, les réfugiés et demandeurs d’asile ont peu à peu été autorisés à monter à bord de trains en direction de la frontière avec la Serbie, dans le nord du pays. Certains ont pris le car, à leurs frais. Des policiers sont présents dans la zone mais la situation est calme.

«S’il semble que la dernière crise en date a été évitée, puisque la situation à la frontière est apparemment revenue à la normale, des centaines de personnes qui ont finalement pu se rendre en Macédoine - parmi lesquelles de nombreuses familles, des femmes enceintes et de jeunes enfants - ne savent pas de quoi demain sera fait. Certaines sont malades et ont désespérément besoin d’une assistance humanitaire, et on ignore si elles obtiendront toutes l’aide et l’attention dont elles ont besoin», a déclaré Giorgos Kosmopoulous, directeur d’Amnesty International Grèce, qui se trouve actuellement à la frontière entre la Macédoine et la Grèce.

Pour de nombreuses personnes, avoir franchi cette frontière n’est qu’une étape d’un très long et difficile trajet en Europe - il est possible que la crise soit passée mais ce n’est pas fini. Plusieurs autres bateaux transportant des réfugiés et des demandeurs d’asile continuent d'arriver dans les îles grecques. La grande question désormais est la suivante: comment les autorités macédoniennes vont-elles réagir face aux nouvelles arrivées de réfugiés et de demandeurs d’asile qui tenteront eux aussi de franchir cette même frontière dans les jours à venir?