Un médecin et une infirmière bien protégé·e·s s'encouragent mutuellement avant d'entrer dans le service d'isolement d'un hôpital de la ville de Lianyungang, dans la province du Jiangsu, à l'est de la Chine, le 24 février 2020. © Barcroft Media via Getty Images
Un médecin et une infirmière bien protégé·e·s s'encouragent mutuellement avant d'entrer dans le service d'isolement d'un hôpital de la ville de Lianyungang, dans la province du Jiangsu, à l'est de la Chine, le 24 février 2020. © Barcroft Media via Getty Images

Covid-19 Comment les droits humains peuvent aider à nous protéger

24 mars 2020
C’est en période de crise, comme celle de la pandémie de Coronavirus, que l’on mesure pleinement l’importance des droits humains. Ils sont le fondement de notre vie commune et nous rappellent ce dont nous avons aujourd’hui urgemment besoin : de l’humanité, de la compassion et de la solidarité.

Au regard de la crise sanitaire globale actuelle et pour pouvoir assurer une meilleure protection de la santé publique et soutenir les groupes et individus les plus vulnérables, il est capital d’intégrer dès le début les droits humains dans les mesures de prévention et de traitement de l’infection au Coronavirus.

La situation exceptionelle actuelle appelle des mesures exceptionnelles. Les États peuvent, pour protéger la santé publique, fixer des limites à certains droits fondamentaux. Ces restrictions ne sont toutefois admises lorsqu’il existe une base légale le prévoyant, lorsqu’elles sont absolument nécessaires et proportionnées et lorsqu’elles ne sont pas appliquées de manière discriminatoire.  En aucun cas, ces restrictions ne peuvent annuler l’essence même d’une garantie de droits humains.

Dès lors que la manière dont les gouvernements réagissent à la pandémie peut avoir d’importantes répercussions pour les droits humains de millions de personnes, Amnesty International suit de près leurs réponses à cette crise

Voici un rapide tour d’horizon de la manière dont des droits humains peuvent aider à nous protéger, et des obligations des gouvernements en lien avec cette pandémie.

Droit à la santé

Le droit à la santé est inscrit dans l’art. 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. La plupart des gouvernements ont ratifié au moins un traité relatif aux droits humains qui les oblige à garantir le droit à la santé (par ex. le Pacte I des Nations unies, art. 12). Entre autres choses, cela signifie qu’ils ont l’obligation de prendre toutes les mesures nécessaires pour la prophylaxie et le traitement ainsi que la lutte contre des maladies. Dans le contexte d’une épidémie qui se propage, cela signifie veiller à ce que des soins, des biens et des services de prévention soient disponibles pour toutes et tous et à créer les conditions propres à assurer à toutes et tous des services médicaux et une aide médicale en cas de maladie. 

À Hong Kong, l’un des premiers endroits frappés par le COVID-19, une ONG locale a noté que près de 70% des familles à faible revenus ne pouvaient pas se permettre d’acheter l’équipement de protection recommandé par le gouvernement, notamment des masques et du désinfectant. Si les États recommandent l’usage de ces équipements, ils doivent s’assurer que tout le monde y ait accès.

Accès à l’information

Les États doivent s’assurer que tout le monde puisse accéder à des informations claires, complètes, pertinentes et actualisées sur les menaces pesant sur la santé et sur les méthodes à employer pour minimiser les risques. C’est un aspect essentiel du droit à la santé, mais nous avons déjà pu observer des gouvernements qui l’ignoraient.

En décembre 2019, des médecins à Wuhan, en Chine, là où le virus a fait son apparition, ont fait part à leurs collègues de leurs craintes au sujet de patients présentant des symptômes respiratoires. Ils ont immédiatement été réduits au silence et sanctionnés par les autorités locales pour « propagation de rumeurs ».

Pendant ce temps, dans l’État de Jammu-et-Cachemire, les autorités ont ordonné la poursuite des restrictions des services Internet, malgré l’augmentation du nombre de cas. Cela rend l’accès très difficile pour la population aux informations vitales sur la prévalence et la propagation du virus, ainsi que sur les moyens pour se protéger.

Tout le monde a le droit d’être informé sur la menace que représente le COVID-19 sur sa santé, sur les précautions à prendre pour atténuer les risques, et sur les mesures prises pour répondre à la crise. Si ce n’est pas garanti, cela affaiblit la réponse en matière de santé publique et met la santé de tout le monde en danger.

Droit au travail

Les personnes occupant des emplois précaires sont affectées de manière disproportionnée par la pandémie, qui commence déjà à avoir un impact colossal sur la population et sur l’économie. Les travailleurs et travailleuses migrants, les personnes qui travaillent dans l’économie des petits boulots, et les personnes du secteur informel sont plus susceptibles de voir leurs droits au travail affectés négativement, en conséquence du COVID-19 et des mesures prises pour le contrôler.

Les gouvernements doivent veiller à ce que tout le monde ait accès à la sécurité sociale, y compris à des arrêts maladie, des soins de santé et des congés parentaux, dans les cas où des personnes ne seraient pas en mesure de travailler à cause du virus. Ces mesures sont également essentielles pour aider la population à respecter les mesures de santé publique mises en place par les États.

Les professionnels de la santé sont en première ligne de cette pandémie, et continuent de fournir des services malgré les risques personnels pour eux et leurs familles, et les gouvernements sont tenus de les protéger. Ces obligations comprennent le fait de fournir des équipements de protection personnelle adaptés et de bonne qualité, des informations, des formations et un soutien psycho-social à tout le personnel d’intervention. Des personnes travaillant dans d’autres secteurs, notamment le personnel pénitentiaire, ont également un risque d’exposition au virus élevé, et doivent être protégées.

Mesures de prévention

Les mesures de quarantaine et d’interdiction de voyager, qui représentent des restrictions importantes à la liberté de mouvement des personnes doivent être nécessaires et proportionnées et ne sont admissibles que si elles sont appliquées de manière non discriminatoire. Elles doivent être limitées dans le temps et être régulièrement révisées ; lorsqu’il existe plusieurs manières possibles d’apporter des restrictions, c’est toujours la moins radicale qui doit être appliquée. Le même principe et les mêmes réserves doivent être appliqués aux nouvelles mesures de surveillance telles que, par exemple, l’analyse des données des téléphones mobiles qui permettrait d’avoir accès à des données personnelles.

Groupes vulnérables

Tout le monde peut attraper le COVID-19, mais certains groupes semblent être plus susceptibles de développer une version grave de la maladie et d’en mourir. Les personnes âgées et les personnes ayant des problèmes de santé préexistants (asthme, diabète maladies cardiaques p. ex.) sont notamment concernées. Il est également probable que d’autres groupes marginalisés, comme les personnes vivant dans la pauvreté, les personnes en situation de handicap et les personnes en détention, dont les personnes migrantes et demandeuses d'asile, soient confrontés à des difficultés supplémentaires pour se protéger et accéder à des traitements. Les personnes sans domicile auront plus de difficulté à s’auto-isoler, et les personnes qui n’ont pas accès à des installations sanitaires adéquates auront un risque plus élevé de contracter le virus.

Au moment de concevoir les réponses au COVID-19, les autorités doivent veiller à ce que les besoins et les expériences de ces groupes spécifiques soient pris en compte de manière à ce qu’eux aussi aient accès aux mêmes prestations que le reste de la population.

Femmes et jeunes filles

Certaines mesures peuvent avoir des effets spécifiques disproportionnés sur les femmes et les jeunes filles. Bien qu'il n'existe à ce jour pas d'informations détaillées sur les effets de la pandémie COVID 19 sur les femmes, on sait, en se basant sur les expériences passées dans le domaine des urgences de santé publique, que les femmes sont les principales dispensatrices de soins dans les secteurs informel, social et sanitaire et qu'elles courent donc un plus grand risque d'exposition à la maladie. Il existe également des inégalités entre les sexes en matière d'accès à la santé et de prise de décision. Par conséquent, toutes les mesures doivent être évaluées en fonction de leur impact sur les femmes et les jeunes filles afin de garantir que leurs droits soient protégés et qu'elles reçoivent un soutien adéquat.

Stigmatisation et discrimination

Selon les médias, les personnes originaires de Wuhan ont été confrontées à un harcèlement et une discrimination généralisés en Chine. Elles ont notamment été rejetées d’hôtels ou barricadées dans leur propre appartement, et les informations personnelles de certaines personnes ont été divulguées sur Internet.

En outre, de nombreuses informations font état d’actes xénophobes hostiles aux Chinois et aux Asiatiques dans d’autres pays, notamment de la part du président des États-Unis Donald Trump qui désigne régulièrement le COVID-19 sous le nom de « virus chinois ». À Londres, un étudiant de Singapour a été frappé violemment lors d’une attaque à caractère raciste. Il n’y a aucune excuse pour le racisme ou la discrimination. Les gouvernements du monde entier doivent adopter une politique de tolérance zéro à l’égard des attaques racistes contre toute personne.

Pendant ce temps, le président Donald Trump a utilisé la pandémie pour justifier ses politiques racistes et discriminatoires, et il prévoirait une interdiction généralisée de toute traversée de la frontière mexicaine par des demandeurs d’asile.

Une telle interdiction de l’asile irait à l’encontre des obligations légales du pays au regard du droit national et international, et ne servirait qu’à diaboliser les personnes en quête de sécurité. En 2018, une interdiction similaire avait été déclarée illégale par tous les tribunaux qui l’avaient examinée.

En outre, en période de crise sanitaire, les gouvernements doivent agir pour protéger la santé de toutes les personnes et veiller à ce que tout le monde ait accès aux soins et à la sécurité, sans subir de discriminations. Cela doit également inclure les personnes en mouvement, peu importe leur situation au regard de la législation sur l’immigration.

Le monde n’a qu’un seul moyen de combattre cette épidémie : la solidarité et la coopération au-delà des frontières. Le COVID-19 doit nous unir, pas nous diviser.